Coup de départ

Vous n’êtes pas un athlète émérite. Loin de là. Toutefois, votre détermination et votre acharnement sans bornes vous ont poussé à vous mesurer dans une épreuve d’endurance extrême, un peu absurde en soi. Voilà des semaines que vous attendez impatiemment ce moment : seul et inébranlable, vous avez surmonté l’éreintement de l’entraînement excessif. Votre forme splendide conjuguée à votre préparation mentale aiguisée vous inspire confiance, d’où votre présence, au summum de l’effervescence, sur la ligne de départ. Véritable junkie de l’endorphine, vous réclamez votre dose. Coup de feu.

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Après un début hésitant à la queue du peloton, vous gagnez finalement votre rythme de croisière. Vous avez pratiqué votre technique jusqu’à l’épuisement et vous l’exécutez avec une précision chirurgicale. Profitant de la légèreté de votre équipement profilé, vos conduits naseaux s’alimentent d’un air frais et revigorant. Dans un état de confort imperturbable, vous vous émerveillez : ce que la nature a de meilleur à offrir vous entoure maternellement.

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Vous filer le parfait bonheur, car vous exercez un contrôle remarquable sur toute pensée parasite. Inconsciemment, vous vous détachez du lot afin de focaliser sur la personne qui se démène devant vous. Vous synchronisez vos enjambées aux siennes afin de ne pas la laisser vous distancer. Inopinément, après de longues minutes d’effort soutenu, la douleur se pointe le bout du nez dans votre région lombaire et y trouve asile.

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L’acide lactique devient désormais votre pire ennemi. Véritable venin, il circule dans chaque tissu de vos muscles surmenés et diffuse une douleur insoutenable à travers votre corps meurtri. Un goût infect de métal se répand dans votre bouche. La fatigue extrême signe un pacte avec le découragement afin de vous remettre en question : pourquoi s’infliger un tel supplice en tant que personne saine d’esprit?

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Imaginatif, vous créez une zone de confort abstraite dans un racoin de votre subconscient afin d’y loger la douleur, qui vient d’atteindre son point névralgique. Cet analgésique de courte durée vous pousse à dépasser les limites du corps humain. Confus et en état de suffocation, vous vous rappelez votre ultime quête : rejoindre la personne devant vous.  Déterminé et chargé à bloc, vous entamez le sprint final.

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La poussée d’adrénaline est indescriptible. Dans un dernier élan de puissance, vous atteignez l’apogée de votre effort physique. Vos bras s’élèvent naturellement en guise d’extrême satisfaction. Le relâchement musculaire est ineffable. En ouvrant vos yeux gorgés d’eau, vous réalisez que vous avez fini au deuxième rang. Exténué et complètement déshydraté, vous serrez la main de la gagnante avant de vous lever de votre lit pour aller vous abreuver au frigo.

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— Échec et Math

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