Histoire de boires

Alors que Téquila se retrouve comme à l’habitude au centre d’échanges langoureux qui génèrent des factures salées, la suave Soho, une asiatique délicate aux odeurs corporelles prononcées (selon les dires de Calvados, le king des préliminaires), fixe jalousement la pourléchée du coin de son œil bridé, tout en tentant d’esquiver poliment les divagations accaparantes de Sortilège (le bizarre de la place).

c

La frivole Vodka, dans son « K », ne dérougit pas, comme en témoigne son alliance futile avec le pauvre Jus de canneberge.  En l’espace de 15 minutes, elle se tape sans respect des tournées avec Tia Maria, véritable pornstar mulâtre, et Galliano, un gai refoulé d’origine italienne ayant pourtant un profond dédain des « culs-secs », pour finalement  jeter son dévolu sur Ricard, un français chiant dans tous les sens du terme. Conséquemment, cette dernière expérience fut la plus difficile à digérer pour le cocu, qui perd définitivement de l’attractivité à mesure que la soirée défile.

c

Au même moment, tout en pavanant fièrement sa coiffure de liège, Cognac évite les regards suggestifs de la « bien en chair » Crème de menthe blanche, alors que sa sœur au teint verdâtre boude encore dans son coin (elle qui n’a pas défroqué depuis des lustres). Patient et rusé, l’importé sait pertinemment que sa rencontre avec la mentholée est inévitable, habituellement aux alentours de 2h45, juste avant les rapprochements lascifs de fin de soirée.

c

À l’opposé, son cousin fortuné VSOP s’avère beaucoup plus raffiné et sélectif, car il rebute au plus haut point l’idée de former un mélange homogène avec une créature ayant un si petit tronc et un si gros derrière. Éternel célibataire confiné à sa bulle, il préfère fantasmer silencieusement sur Amarula, la crème des crèmes, la fauve, la sauvage, beaucoup plus exotique et élancée que la « grosse menthe à marde », surnom mesquin qu’il se plaît à répandre dans le bar.

c

À l’autre extrémité, une Pinte dépourvue de contenu fait des avances lamentables à Hoegaarden, en l’invitant maladroitement à passer directement à la chambre à coucher. Se butant au refus catégorique du Belge, la goulue réalise qu’elle a une fois de plus confondu l’expression « bière sur lie » avec « bière sur lit ». Ce profond malaise est alors dissipé par un cri strident émanent de Sambuca, l’ultime party animal, toujours un peu trop en feu lors des soirées arrosées.

c

Parti sur une dérape de Coke diète, Capitaine Morgan, le freak qui se prend pour un pirate, conspire avec Beefeater pour salir la réputation de leur éternel rival Bombay. Le bellâtre au regard bleu étant à leur avis un peu trop populaire auprès de la gente féminine, les deux envieux pissent tour à tour dans le plat d’olives afin de miner les chances du tombeur. De Kuyper, l’itinérant malpropre littéralement incrusté dans le bar, assiste à la scène sans broncher, avant de graber grossièrement le cul bombée de Crème de banane (l’incompatible africaine encore chaste) qui tentait de limiter le déluge des deux concupiscents. Payant cher cet attouchement postérieur au sabotage de la soirée du Londonien d’azur, l’ivrogne sans vergogne se fait gentiment escorté par les ambulanciers.

c

Pendant qu’Absinthe se la coule douce avec les plus téméraires de la place, la Vodka récidive avec Tia Maria, elle qui s’était entretemps acoquinée (faute de choix du côté masculin) avec le Lait du bar. Cette union peu orthodoxe fut consumée sous le prétexte incompréhensible que ce ménage à trois malsain blanchirait les déboires de la Russe infidèle.

c

Réalisant que la soirée dérape à un rythme effréné, Goldshlager tente un move désespéré en exhibant fièrement ses « pépites dorées » devant un public dégoûté. Simultanément, un duel de titans s’orchestre dans l’arène du bar, où Jack (aka le coup de poing américain) provoque verbalement son alter ego Johnnie, en pestant contre son origine écossaise et son odeur d’eau saline. La fierté des îles Britanniques rétorque avec classe à son calomniateur en lui rappelant simplement « que lui-même inspire un profond dégoût à chaque femme qui ose s’en approcher le nez ou tout autre organe sensoriel ». L’échauffourée éclate entre les échauffés.

c

Sorti de nulle part, Bailey’s, le gros épais qui ne tolère pas l’alcool fort, se ridiculise en balbutiant des injures contre Jack et ses compatriotes au cou écarlate, le tout dans un discours fortement embrouillé par un accent irish écrémé. Toutefois, les shots qu’il vient de s’enfiler en rafale avec Schnapp’s (une beauté à la peau de pêche) et Grenadine (de loin la plus sweet du bar) lui montant subitement au cerveau, le balèze éméché ravale rapidement ses paroles avant de faire des mottons sur ses deux acolytes dépassées par les événements.

c

Le last call ayant visiblement semé la panique générale, l’ultime noctambule, celui qui se retrouve sur toutes les lèvres, le « vrai », se pointe dans toute son élégance (malgré l’heure avancée) afin de mettre un terme aux hostilités. Avec un anglais cassé par ses origines françaises, Grand Marnier réduit les deux pseudos pugilistes maltés à des puceaux sans envergure, en évoquant son titre incontesté de Roi du french kiss qui fait sa renommée. Après cette modeste intervention, le grand opportuniste passe la gratte et repart tout de go en compagnie de l’insatiable Vodka et de son insignifiant cocu, la frivole étant encore partante pour de nouvelles aventures cosmopolites.

c

Les projecteurs s’ouvrent sans avertissements, plongeant ainsi les nuitards dans une luminosité insupportable qui les fait fuir comme des vampires. Sorti de votre délire psychédélique provoqué par une trop forte intoxication, vous déscotchez de votre avant-bras la carte des cocktails que vous avez de toute évidence épuisée. Ayant retrouvé vos jambes (vous les aviez perdu sur la piste de dance), vous engloutissez votre cosmo de fin de soirée avant de réaliser brutalement que le couple louche qui vous a payé la traite toute la nuit vous raccompagne tendancieusement vers la sortie.

c

— Échec et Math

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Social Widgets powered by AB-WebLog.com.