La Folle de la Capitale

Elle s’autoproclame « princesse », sans arborer la classe ni le décorum d’une véritable Altesse Royale. Elle réclame le monde et agit comme s’il pivotait autour de son nombril, souvent percé d’une agrafe bas de gamme. Malhabile socialement, sa conduite dans les bars s’avère aussi défaillante et chaotique que celle en voiture : dans les deux cas, elle déshonore ses victimes à grands coups de doigts d’honneur. C’est valable, puisqu’à défaut de pouvoir le faire intelligemment verbalement, elle s’exprime par le biais de son corps retouché, son maquillage tatoué, ses fringues griffées et son style de danse dépravé. Par métaphore, c’est une cruche, sans contenu. Sans métaphore, c’est juste une crisse de Folle.

c

Quand elle sort, elle sort. N’ayant saisi que le premier niveau de l’expression « sortir en grande », elle sort ses escarpins issus d’un sex-shop pour s’assurer d’être à la hauteur. Ne pouvant miser sur ses hémisphères cérébraux pour se mettre en valeur, elle détourne l’attention vers les deux autres qui composent son buste : ainsi, elle sort son décolleté plongeant, qu’elle dénature en dévisageant les voyeurs qui osent y plonger leur regard. De là, peu importe son statut social, elle sort ses tactiques déloyales afin de faire financer sa soirée par un pauvre type naïf, qui lui assèche son compte en banque pour étancher la soif des arnaqueuses. Finalement éméchée, elle sort de ses gonds rageusement puisqu’une semblable s’est approprié son outfit et que tous ces laborieux préparatifs ne l’ont pas conduite à la rencontre d’une pancarte du type « vedette de téléréalité ».

c

Réputée pour être une partenaire de vie exécrable, la Folle de la Capitale vise toutefois à rencontrer la caricature de l’homme impeccable placardée dans ses téléséries américaines, à priori conçues pour divertir et complexer les  adolescentes. Simple déformation (ou amélioration) de la réalité, cette véritable porno pour filles s’avère toute aussi dévastatrice que celle qui hypnotise les hommes : l’une embrouille la vision de l’amour idéal, alors que l’autre pervertit l’image du sexe normal. Intellectuellement incapable de distinguer la fiction de la réalité, l’écervelée subit un atroce retour sur Terre quand elle réalise finalement que la vie ne lui réserve pas de trame sonore mélancolique, de bellâtre romantique ou de baise esthétique.

c

À ce sujet, la Folle de la Capitale ne succombe pas aisément à tentation de la chair : égoïste et paresseuse de nature, le sexe lui inspire un profond dégoût, puisqu’elle doit offrir quelque chose à l’autre. C’est connu : les gens généreux dans la vie le sont généralement dans leur lit. À chaque sortie, elle biaise la baise : une fois son éternel « déficit d’attention remontant à l’enfance» comblé, l’invertébrée éconduit froidement ses prétendants assoiffés sans avertissement. Cette hypocrisie lui confère inévitablement le statut d’aguicheuse, bien tapi sous sa façade envoûtante et libidineuse, qui la responsabilise de centaines de souffles coupés, de portes claquées et d’érections gaspillées. Manifestement, son tatouage échu n’en fait pas un ange déchu : ces ailes déployées dans le bas de sa colonne doivent plutôt illustrer son agilité à s’envoler une fois le beat éteint et les lumières allumées.

c

Pour ajouter au paradoxe, la Folle de la Capitale vend son corps et son âme sur les réseaux sociaux. Chapeautées par une photo de profil photoshopée sans défaut ni authenticité, ces plateformes lui permettent d’exhiber sans retenue les clichés tendancieux de sa dernière escapade ou d’attirer la sympathie virtuelle de ses consœurs admiratives à grands coups de « J’aime » et de « T’es belle! ». Voilà pourquoi la Folle de la Capitale n’a aucun trait naturel : chez elle, de l’émotion à la publication, tout est artifice.

c

Détrompez-vous, car je n’ai jamais rencontré de fille qui colle parfaitement au malheureux portrait que je dresse de la Folle de la Capitale, au même titre qu’aucun homme de mon entourage ne s’abaisse au même niveau que l’Idiot de la Capitale. C’est sans prétention que je vous partage dans une “brève” synthèse ce qui m’agresse de l’espèce humaine fascinante qui m’entoure. Et pour celles que j’aurais indignées avec ce texte, je me complais à vous rappeler avec un sourire moqueur, mesdames, qu’à la base, toute fille n’est qu’à une seule voyelle d’être folle.

c

— Échec et Math

c

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Social Widgets powered by AB-WebLog.com.