La pick up line

« Et c’est sur ces mots,

qu’elle enleva le haut. »

– Frédéric Beighbeder

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Vous vous étiez promis une cuite dans la promiscuité du bar. Vous y voilà. Elles répondent à l’appel également. La plupart ont consacré une moyenne de 2,5 heures à se doucher, se crémer, se maquiller, se coiffer, s’habiller, se questionner, soupirer, se déshabiller, se décourager, se rhabiller, se frustrer, sacrer, se dénuder, pour finalement se rabattre sur leur ultime morceau de linge fétiche. D’autres auront réussi à faire l’équivalent en moins de 30 minutes (ou 5 mots) et figurent souvent au sommet de votre palmarès.

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Après une tournée de « tue-la-gêne » et une autre d’ « anti-inhibition », vous démarrez les hostilités du cirque enivrant de la séduction. Ayant accordé votre vocabulaire à vos cordes vocales, vous êtes désormais armé jusqu’aux dents. L’alcool montant bouscule les mots de votre boîte crânienne imbibée vers votre bouche : l’évacuation générale est imminente.

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D’entrée de jeu, vous foncez vers la plus grande du bar, perchée sur ses escarpins illégaux. Du bout des pieds, vous la réprimandez : « pardonnez-moi madame, mais je vous décerne une pénalité de deux minutes pour talons élevés. » Devant le faciès stoïque de l’échassière, vous vous retournez vers la bohème du bar en lui rappelant « qu’elle est belle comme le jour et mystérieuse comme la nuit ». Vos insuccès s’accumulent au même rythme que vos verres vides.

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Persévérant, vous vous abaissez vers la plus petite du bar. À genoux, vous lui confiez gentiment que « vous avez prévu un siège pour enfant dans votre voiture afin de faciliter son raccompagnement à votre appartement ». Après lui avoir redonné le talon hautain qu’elle vient de vous planter dans le scrotum, vous vous relevez péniblement vers un objectif de plus grande envergure : la plus fauve du bar.

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Dans la cacophonie ambiante, vous lui insufflez à l’oreille que « l’arôme de son parfum ne masque en rien le fait qu’elle pu le sexe à des miles à la ronde ». Devant le point d’interrogation de la concupiscente, vous simplifiez votre punch line en ajoutant que « même Chanel ne peut camoufler son côté charnel ». La plus fauve du bar et la plus intellectuelle du bar étant souvent deux personnes différentes, vous abandonnez l’offensive poétique pour vous précipiter vers la plus belle du bar.

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De là vous prenez vos précautions, car la plus belle s’avère la seule du bar parfaitement consciente de son statut. Vous savez pertinemment qu’il faut des couilles pour l’aborder : les vôtres sont encore endolories par la complicité que vous avez développée avec l’ex-employée de Fort Boyard. Outrepassant sa cohorte de prétendants affamés, vous évoquer son étrange ressemblance avec un paratonnerre, car selon vous « elle est conçue pour attirer les coups de foudre ». Vous butant à l’excès de testostérone du phallus ambulant lui servant d’acolyte, vous évoquez votre incompatibilité, car « vous préférez être accro à la créativité qu’à la créatine ». Inconfortable, vous déguerpissez vers l’ultime objectif : la plus cool du bar.

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Accoudée au comptoir, elle est aussi pétillante que votre vodka tonic. Tous les astres semblent alignés entre vous deux, car elle éclipse toutes les autres. Vous lui souriez maladroitement avant de lui proposer une entente gagnant-gagnant : « le premier qui quitte le bar embrasse l’autre ». En hochant la tête devant autant de stupidité, la plus cool du bar décline radicalement votre pacte de salive. Après avoir récidivé en lui rappelant qu’elle « devrait tourner sa langue 7 fois dans votre bouche avant de parler », vous lui offrez un verre en prenant soin de lui demander ce qu’elle souhaite prendre. C’est à ce moment que votre blonde vous répond sèchement : « un taxi ».

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*Merci aux séducteurs anonymes qui ont inspiré cette nouvelle.

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— Échec et Math



 

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