L’amour sans-fil

Alors que les réseaux sociaux s’apparentent à de véritables agences de rencontres All you can cheat, la technologie d’aujourd’hui propulse la séduction à la vitesse 3G. L’internaute célibataire peut désormais retracer la personne qui fut l’objet de ses désirs toute sa vie en même temps qu’il reluque “celle qui désire des objets” pour gagner la sienne. La vie privée relevant du domaine de l’utopie, les plateformes virtuelles enclenchent les rapprochements humains à un rythme illusoire. Bienvenue à l’ère des déclics provoqués à grands coups de clics.

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« Salut, tu fais quoi dans la vie, à part être la personne la plus attractive du bar? »

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Conséquemment, la première rencontre ne se solde plus par de belles promesses, mais bien par l’échange systématique de numéros de mobile ou de « noms complets » pour faciliter le repérage sur Facebook ou Twitter. De là, on ne dialogue plus, on dactylographie. Nos avances se limitent à des phrases tronquées et souvent sans saveur, afin d’éviter l’essoufflement des pouces ou le dépassement des 140 foutus caractères.

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« Et maintenant, on est amis? »

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Une fois la demande d’amitié confirmée, les téméraires s’alimentent et s’enivrent d’information artificielle. Leur souris infatigable se pointe le nez partout, grugeant et fouinant incessamment pour se sustenter des plus croustillants détails de la vie privée de leur nouveau flirt. Ils naviguent sur des pages truffées d’artifices, de photos de profil photoshopées et de statuts falsifiés. De cette intrusion émerge une nouvelle déviance épidémique, qui fait des ravages spécialement auprès de la gente féminine : le voyeurisme 2.0.

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« C’est quoi ton cell? »

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Incidemment, la technologie est tellement ancrée dans nos mœurs qu’elle pervertit également le modèle de l’amour moderne: désormais, il est articulé autour de celui de la téléphonie mobile. De nos jours, la fin d’une relation ne se résume-t-elle pas à un cellulaire qui ne vibre plus, une boîte vocale vide ou un courriel qui ne rentre jamais? Asservi par des horaires surchargés, le temps passé avec l’autre se calcule à la minute. Voilà pourquoi la plupart des relations qui échouent s’apparentent à un contrat de trois ans : une année de découverte, une de complicité et l’autre de désintéressement dégénératif, qui mène à la quête d’un nouveau prototype.

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« Alors, on se texte/tweet/inbox et on déjeune? »

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Mais à quoi bon pester contre un schème comportant son lot d’avantages et qui pimente la vie d’autant de singles. Loin de moi l’idée de mordre une main qui nourrit autant d’heureuses rencontres, et encore moins celle qui fait jaillir de l’ombre bon nombre d’esseulés. Seuls bémols : la multiplicité de la duplicité (une personnalité virtuelle, l’autre réelle), l’effervescence des nouvelles rencontres toujours plus accessibles et la gestion d’un réseau social sans cesse grandissant ne constituent-elles pas le plus meurtrier des “tue-l’amour” ou le plus efficace des  freins à l’engagement?

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« Pour cesser de se voir, suffit-il de fermer les yeux? »

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À présent, il incombe à l’internaute de retrouver ses repères et ses valeurs dans ce “cyber merdier” complexe, où l’on crée, on use et on supprime des « contacts » cycliquement. Comme quoi les relations les plus simples s’avèrent encore celles qu’on n’amorce jamais. De là, vous ne cauchemarderez plus à l’idée d’entendre une inconnue vous dire :

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« Votre boîte vocale ne contient aucun nouveau message vocal sans fil. »

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—Échec et Math

 

 

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