L’hypothermie automnale

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La nature méprise l’automne. Rouges de honte, les feuilles commettent l’odieux et s’abandonnent doucement dans le vide à tour de rôle. Putréfiées et encombrantes, elles se transforment en véritable cauchemar pour les banlieusards un peu cons qui sacrent et se consacrent à effacer les vestiges de ce suicide collectif. Dégoûtés par cette hécatombe multicolore, les oiseaux les plus futés s’expatrient. Même le soleil se claque une dépression et se convertit en employé exécrable : il abaisse son ardeur au boulot, abrège quotidiennement son quart de travail et call sick un jour sur deux.

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L’automne s’avère également la saison où le couple se blottit l’un contre l’autre et fait payer chèrement au célibataire ses nuits frivoles estivales. Ils mijotent ainsi paisiblement pendant les longs mois de l’ère glaciale québécoise. Leur petit sourire narquois fait frissonner d’envie le single d’Amérique, qui lui tente de s’acclimater par le biais d’une source de chaleur exotique, que ce soit un café espagnol, une soupe-repas thaïlandaise ou une voisine mexicaine bien en chair.

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Ainsi dépourvu d’attention et en manque de canicule, il se réfugie dans les vapes du bar afin d’y trouver un maigre réconfort. Vive la chaumière à bière! À quand la formule Night Club and Spa? Quoiqu’il en soit, l’alcool ne s’avère malheureusement pas une solution efficiente : même s’il est réputé pour réchauffer l’atmosphère des soirées festives, il crée souvent des froids sibériens, spécialement lors du réveil brutal chez ladite voisine.

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Selon Robert, le terme « hypothermie » évoque « un abaissement de la température du corps au-dessous de la normale ». De là, quand une personne agonise dans cet état, est-ce que le secouriste lui refile une couette en plumes d’oie, un bol de café au lait ou, pire encore, le film Danse lascive Havana Nights? Not. Il s’empresse plutôt d’éliminer tout vêtement visible pour se vautrer chair contre chair sur la naufragée.

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Au même titre, l’automne s’avère un abaissement de la température normale non pas du corps, mais du décor : ce changement drastique affecte inévitablement le système nerveux central de son lot de victimes frigorifiées. Ses ardents défendeurs  scanderont qu’il embellit la nature : je suis plutôt d’avis qu’il enlaidit les gens. Au fait, il sabote le beau travail de l’été : une fois qu’il prend la relève, les jupes s’allongent, les nez s’écoulent et les teints verdissent.

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Et c’est là que réside la fatalité du célibat : la seule solution scientifiquement éprouvée à ce jour pour réchauffer un humain, c’est un autre humain. Comment échapper à l’hypothermie automnale? En se rappelant que les rapprochements et le corps à corps sauvent des vies.

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— Échec et Math

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