L’Idiot de la Capitale

Les experts noctambules ont récemment observé une recrudescence du nombre planétaire d’imbéciles, spécialement entre les forteresses de la ville, où ils s’attroupent dans les bars afin d’y abaisser leur quotient collectif à celui d’un poisson rouge lobotomisé. À l’unisson, ils s’avèrent insoutenables. Seul et bâillonné, il peut être tolérable.  Appelons-le l’Idiot de la Capitale.

c

La variante avec son alter ego rural, l’Idiot du Village, se mesure en litres de gel capillaire absorbé par son cerveau ou en quantité de dragons brodés sur ses vêtements véritablement « griffés ». La matière grise n’ayant jamais été sa matière forte sur les bancs d’école, il puise son champ lexical et ses opinions dans le répertoire de ses idéaux masculins, soient les sportifs léthargiques, les douchebags télégéniques et les polémistes radiophoniques. Groupie fanatique,  il entre en contact avec ces véritables demi-dieux par le biais de « lignes ouvertes* », dont l’appellation relève du fait qu’elles peuvent pousser une personne saine d’esprit à s’ouvrir les veines après seulement deux minutes d’écoute.

c

Pourvu d’un sens de l’humour indiscutable, l’Idiot de la Capitale n’amuse toutefois que lui-même et ses acolytes déficients. En plus d’avoir épuisé le registre de toutes les jokes cochonnes inimaginables avec le verbe « venir », il s’adonne à de grossières bassesses telles la persécution privée d’un chauffeur de taxi ou l’humiliation publique d’une employée de restauration rapide. Et quand une drôlerie lui effleure l’esprit, il ne la balance pas sympathiquement : il s’époumone afin de s’assurer de fracturer le marteau, l’enclume et l’étrier de tous ceux  qui l’entourent.

c

Vraisemblablement, l’ivresse n’est pas un concept qui convient à l’Idiot de la Capitale : le fait qu’il supporte mal l’alcool le rend effectivement insupportable aux yeux des autres nuitards massés dans les tavernes urbaines. Son manque flagrant d’éducation (celle en provenance des parents, non d’une institution scolaire) et sa maladresse sociale le transforment en bête de foire dont les agissements nous ramènent à l’époque médiévale. Il désapprend à parler, car il crie en permanence. Il désapprend à boire, car il s’imbibe en n’épargnant pas le reste de la foule. Et surtout il désapprend à exister, car il laisse au vestiaire toute notion de savoir-vivre.

c

C’est ainsi que confiné à son ignorance, le simple d’esprit ne cesse d’avoir recours à des ressources matérielles pour pallier ses failles naturelles, d’où l’achat d’un camion utilitaire ou d’un téléphone cellulaire intelligent. Il décline ses excès de testostérone dans un moteur performant, véritable extension de son organe reproducteur, pour lequel il éprouve d’ailleurs une grande fascination: retirez-lui son phallus et il sera aussi démuni qu’un pianiste sans phalanges.

c

À ce sujet, notez qu’il ne fait pas l’amour aux femmes : il fourre, plante ou bardasse sans talent, le tout pour son propre plaisir et au détriment de tout civisme envers le sexe opposé. Et s’il a le malheur d’être en couple, il sera porté à tromper ladite mal baisée avec la « première venue », tout en prenant soin de composer un jeu de mots lamentable avec cette expression lorsqu’il en rapportera les détails croustillants à ses semblables analphabètes.

c

Voilà pourquoi un danger nous guette, chers citadins et citadines : l’Idiot de la Capitale prend son pied, donc parfois se reproduit. Malheureusement, déjanté rime avec enfanter. Pour reprendre une expression de l’illustre Denys Arcand, il s’agit d’une véritable « invasion barbare ». Mais au fait, qui ose s’offrir à l’ignorance, succomber à l’imbécilité, épouser l’abrutissement et, surtout, assurer une relève à l’idiotie? Appelons-la la Folle de la Capitale (texte à venir).

c

Mais attention : même l’esprit le plus brillant peut parfois franchir le cap de la stupidité. C’est dans la fréquence et l’intensité que se joue ce débat électrisant.  D’ailleurs, je me fous des représailles que pourrait m’attirer cette ode au crétinisme, car l’Idiot de la Capitale ignore son statut. Un con de première ne saisit pas le deuxième niveau. Et vu la quantité de suppléments alimentaires qu’il ingère quotidiennement: Dieu merci.

c

—Échec et Math

*Mention d’aide à ÉB.

c

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Social Widgets powered by AB-WebLog.com.