Une histoire sans héroïne

Ce soir, Marie J. reçoit. Réputée pour être bien roulée, elle revêtit sa plus flamboyante tenue pour l’occasion : une robe en chanvre sous-étagée d’un pantalon pour homme en velours cordé saumon. Égrainant les secondes méthodiquement, elle évente nerveusement son grand loft de la rue Frontenac pour évacuer toute odeur illicite qui pourrait y planer, tout en accueillant de l’autre main les convives qui débarquent tour à tour.

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Limité par sa légendaire confusion généralisée, Champy fait une entrée remarquée à son insu : arborant fièrement un costume de bourreau en latex noir, le mêlé s’était arrêté au premier mot de l’expression « pendaison de crémaillère ». Complètement intimidé par cette situation embarrassante, le bizarroïde puise dans les valeurs sûres de son enfance et propose au groupe un jeu très stimulant intellectuellement qui consiste à « attraper des sons ». Cette deuxième tentative lamentablement échouée pousse le perturbé à se camoufler maladroitement derrière un rideau opaque, le temps de dissiper le froid crispant qu’il vient de causer dans l’atmosphère auparavant échauffée.

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Fraîchement débarqué du Maroc, le toujours très chill Haschich donne une accolade chaleureuse à l’hôte givrée, une fréquentation de longue date avec qui il entretient une relation platonique. Son regard vitreux chapeautant un style peu orthodoxe (un Marocain teint en blond), il dégage une aura vive qui stimule excessivement les pupilles de Champy qui crée automatiquement un nouveau dossier en son honneur dans son registre de « Pollutions visuelles ».

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Reconnue pour sa personnalité bohème et éphémère, Salvia, la cousine de Marie J., est à la recherche de pinces de désincarcération pour s’extirper de l’univers déjanté dans lequel elle s’est plongée il y a de ça exactement 8 minutes 13 secondes. Affligée par une paralysie générale lui faisant craindre la perte de ses selles, elle s’affaisse en position fœtale dans la litière désertée d’un animal de mauvaise compagnie. Précédemment effrayé par Kétamine, l’Asiatique freak qui prétend pouvoir entrer en contact avec la Mort, le pauvre félin se retrouve finalement dans les bras meurtris de Crystal qui le flatte nerveusement jusqu’à l’épilation sévère.

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En état de délire avancé, Buvard, le « has been » resté collé à l’adolescence, crée un malaise du tonnerre en demandant une minute de silence à l’attention de Kurt Cobain. Obsédé par le bruit incessant de ses ongles qui poussent à un rythme effréné, le dégénéré s’enfuit au pas de course pour semer son ombre qui lui colle visiblement à la peau. Embarrassé par le spectacle de son collègue perturbateur, Champy saisit la manette du party pour enlever le mode « sourdine », avant d’entreprendre la mission utopique de repeindre la cuisine aux couleurs des Lakers de Los Angeles.

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Après avoir garé son imposant pick-up-monté-jacké-néons-pipes-kit-de-son-masterisés sur un malheureux cycliste et une Smart qui se trouvaient sur son chemin, Poudrier, le roi des Douchs, bécote ses tatous tribaux gonflés pour impressionner les quelques représentantes de la gente féminine qui picolent au balcon. Une fois incrusté dans le party, ses nombreux allers-retours aux toilettes laissent présager une vessie hyperactive, trouble physique peu attractif qui limite du même coup ses chances avec le sexe opposé. Par contre, même si tout défile un peu trop vite dans son cerveau inversement proportionnel à la taille de ses biceps, le descendant de Narcisse au flair irrité renifle tout de même le danger qui approche…

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Arrivé comme une envie de chier, GH (alias « le misérable ») se pointe hypocritement dans le cercle de jeunes femmes afin de se glisser malveillamment dans le flot de discussion. Réputé pour saloper les soirées (il ne fait pas bon ménage avec l’alcool), l’escroc se ridiculise en essayant de faire tomber les filles les unes derrières les autres. Ce léger détournement d’attention rend Poudrier inconfortable, qui, réalisant que sa série de pompes sur les pouces ne fascine personne sauf lui, met en application ses dernières techniques de combat ultime au détriment du faible d’esprit. Le vicieux GH finira sa soirée sur la métaphore « le dernier des losers aux premiers soins ».

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Quelques lettres plus loin, l’un peu trop excentrique DJ-MDMA s’éclate en mixant l’oxygène et la fumée ambiante. S’accoquinant avec Peach, sa légendaire complice aux yeux écarquillés (qui cumule déjà trois cacas nerveux), il lui propose de lui neurotransmettre une molécule qui procure une sensation de touché indescriptible. Après un baiser sec qui manquait effectivement de salive, les deux allumés enfilent des camisoles en filet glow in the dark tout en s’écrivant des maximes boiteuses sur le corps avec des light sticks.

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De retour de mission, Champy fait son possible pour gérer son empoisonnement en se servant un grand verre de lait : après une série de hauts le cœur générant un fou rire euphorique auprès de se ses acolytes, l’intoxiqué est subjugué d’apprendre que son élixir provient des appendices mammaires de la coloc de l’hôte. En pleine gestion de crise maternelle, Salvia reprend le contrôle sur son système nerveux central tout en confisquant le tire-lait à DJ-MDMA (qui en appréciait un peu trop les sensations nouvelles).

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En pleine séance de masturbation mentale et de crossage de virgule frigide, Marie J. et Haschich s’obstinent calmement au sujet d’un phénomène physiologique fascinant couramment appelé « pet de noune ». Alignant des discours ponctués d’incohérences et de blancs de mémoire silencieux, les deux dérivés décident de s’échanger leurs lentilles cornéennes respectives afin de mieux voir le point de vue de l’autre. Cette expérience oculaire souffrante fut soldée par une copieuse raclette sous les yeux dégoûtés de Peach et DJ-MDMA, pour qui l’appétit se situe juste après la torture par chalumeau et l’avortement au tire-bouchon dans leur échelle de besoins vitaux.

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Alors que Poudrier et le couple de futurs cardiaques quittent le party à la recherche de « l’heure d’après » à bord d’une embarcation aussi modifiée que son propriétaire, Marie J. et Haschich se retrouvent comme à l’habitude seuls pour éteindre la soirée.  Pas très enthousiaste à l’idée de gaspiller sa salive dans de nouvelles discussions fumantes, le Marocain doré lui propose de laisser tomber les débats pour se tourner vers les ébats, invitation qu’elle accepte par l’entremise de signaux de fumée. Ellipse*.

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Une fois la cavalcade terminée, le tombeur se dénude de toute inhibition et avoue à sa partenaire qu’elle s’avère une véritable plante au lit et qu’elle aurait avantage à conserver son mode de vie métro-boulot-dildo-dodo. Insultée, la chanvrée ramasse rapidement son orgueil qui vient d’exploser en mille miettes et se lance dans une série d’injures désorganisées : son offensive est alors interrompue par la plus monstrueuse des flatulences vaginales de l’histoire du sexe, qui résonne dans un son strident dans tout le voisinage. C’est à ce moment que Champy s’élance hors du rideau et s’écrie : YES, je l’ai attrapé!

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*Au grand malheur des pervers, l’auteur vous épargne ici les détails croustillants de ce passage.

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— Échec et Math

 

 

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