Confessions d’un mélomane refoulé

Je suis fortement épris de la Musique.

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Elle m’inspire et me divertit. Elle est ma muse et m’amuse à la fois. Tous les jours, elle me souhaite bonne nuit et me réveille délicatement après dix snoozes. Délirante, elle me rapproche de l’asile à chaque feu rouge où je m’époumone par sa faute sous le regard troublé des autres automobilistes. Réconfortante, elle crée la bulle où je me réfugie pour écrire. Et même si j’ai vraisemblablement besoin d’elle pour faire le ménage ou m’entraîner, elle m’accompagne toujours sans dissoner.

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La Musique rend toute scène plus émouvante, le silence supportable et les funérailles suffocantes. Ses tendances influencent le style, les sorties, l’entourage, les finances de ses adeptes. Elle brise les frontières entre les générations et les cultures, ensoleille le sentiment amoureux et assombrit chaque peine d’amour. Son passage laisse une empreinte indélébile dans le subconscient de tous ceux et celles qui l’ont rencontrée : sa mélodie éveille la mélancolie et déterre les démons comme les frissons du passé.

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L’été, elle rassemble des milliers de junkies aux oreilles attentives en quête de leur dose de vibrations. L’hiver, elle réchauffe les foyers et les cœurs frigorifiés. Le jour, elle rend l’ennui moins ennuyeux. La nuit, elle orchestre des rapprochements, favorise le mélange des corps, dicte les préparatifs, le début, la vibe et la fin de la danse.

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Au fait, danser, c’est faire l’amour avec la Musique. Sachez qu’elle s’avère de loin la partenaire la plus fidèle et indulgente avec qui vous formerez une symbiose. Elle ne vous juge pas si vous pratiquez toujours les mêmes mouvements ridicules à répétition, elle ne s’offusque pas si vous lui faites appel dans un sale état aux petites heures et vous laisse même crier jusqu’à l’enterrer.

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La Musique aime se déchaîner. Quand le virtuose mixe aux platines au même rythme que la blonde du même type qui mixe les alcools, et que les noctambules plongent dans cette exaltante plénitude, une série d’événements transcendants se succèdent.

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Lever le poing devant les vibrations cathartiques d’une caisse de sons. Se faire matraquer le cerveau par une harmonie de notes aussi hétérogènes et uniques que les autres humains éméchés du plancher. Arquer les bras vers le plafond dont les jeux de lumière rappellent un ciel constellé. S’écrier en feignant connaître les paroles. Ne plus s’entendre penser. Fermer les yeux. Ouvrir son âme.

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À ce juste moment, où on se laisse élever par le rythme de la basse dans cette réconfortante obscurité, quelque chose d’inexplicable se produit. À ce juste moment de pur délire fantasmagorique, on oublie carrément la pile de dossiers inachevés, le client chiant, la dernière chicane, les factures en souffrance, le merdier mondial, l’incertitude de l’amour, la certitude de la mort.

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À ce juste moment surgit le Bonheur.

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Ce bref instant, si éphémère, où la Musique exerce son emprise sur moi, constitue paradoxalement l’un des rares moments où je me sens parfaitement libre. Délirante, inspirante, rassembleuse, indulgente, envoûtante, parfois débauchée… À bien y penser, n’incarne-t-elle pas l’idéal féminin tant convoité?

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— Échec-et-Math

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