La fin du Moi

Assis dans la pénombre du Café du Temps perdu, Octobre réalise bien malgré lui qu’il ne s’avère pas le mois préféré de l’Année. Son côté sombre, sa tendance à créer des froids et son accoutrement gothique pleinement assumé lui confèrent le statut de mal-aimé du groupe. Rien à voir avec Juillet, le gars manuel mais toujours sur son 31, véritable séducteur né qui donne son spectacle trois tables derrière.

Cuvant encore ses deux semaines de vacances et de festivals, le bellâtre peut se vanter d’être directement responsable de la dépression de Novembre, l’emo à huis clos dans son demi sous-sol qui broie du noir à un point tel qu’il s’est valu le surnom de « torréfacteur de malheur ». L’anecdote : lors de la dernière défonce de l’Année,  le charpentier-menuisible s’était fait surprendre à soulever les dessous affriolants d’Août, la plus belle du calendrier, à ce moment engagée dans un partenariat domestique avec le moustachu aux larmes tatouées.

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Accoudé au coin du bar et allumant nerveusement la chandelle devant lui, Février, de loin le plus romantique du lot, remue cierge et terre pour s’attirer les foudres de la tant convoitée basanée assise quelques bancs plus loin. Sa brise est si envoûtante qu’il fond littéralement sous son regard. Malheureusement pour le puceau, ses techniques maladroites et sa petite taille lui ont depuis longtemps valu la réputation de « trapu de partout », turn off assez significatif pour la fashionista qui préfère de loin les longs mois comme Novembre (d’où son surnom coquin de l’époque, le « Nomembré »).

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Alors qu’Avril la petite bum s’adonne encore à foutre une dose mortelle de Tabasco dans le Bloody Ceasar de Janvier, le blême chétif au système immunitaire affecté par le mercure, Septembre bouquine en sirotant le fruit d’une microbrasserie louche qui goûte le cul pour le commun des mortels, d’où l’expression bière artiste-anale. Du coin de l’oeil, l’intello jalouse discrètement Décembre, l’enfant roi de 25 ans qui trône seul sur la grande banquette du café, caressant fièrement son nouvel iPad. L’amertume de Septembre est grandement justifiée, puisqu’avec des parents et un entourage largement moins fortunés, lui doit seulement se contenter d’un pad.

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Pendant ce temps à la table des habitués, Juin, le père autoritaire qui porte son maillot de bain au-dessus du nombril en été et un casque de poil à défaut d’en avoir sur la tête en hiver, supporte bien malgré lui les divagations de Mai, son attendrissante épouse légèrement coucoune. Depuis leur retraite, la mère poule tente tant bien que mal de l’initier à de nouvelles activités embarrassantes pour un homme de cette stature. Conséquemment, le pauvre souverainiste est la risée de ses chums de golf, puisqu’il a subi les malaises des cours de Pilates, les hauts mais surtout les bas du Zumba et l’humiliation des ateliers de scrapbooking [d’ailleurs, il s’est toujours demandé ce que le mot « booking » venait faire dans cette activité de marde].

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Au moment où le calme plat règne dans l’espace, Mars, l’illuminé bizarroïde qui semble parfois vivre sur une autre planète, débarque dans la place accompagné de sa blonde Maya en hurlant : « vivez chaque jour à fond bande d’ignares, la fin du Moi approche! ».

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—Échec et Math 

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