L’arme de copulation massive

Contrairement à plusieurs homologues célibataires, la fête de l’amour ne m’inspire pas de profond dégoût, ni de jalousie déplacée à l’égard de ceux qui la soulignent avec enthousiasme. Elle me divertit plutôt : malgré les apparences et la consonance, il n’y a rien de sain dans la Saint-Valentin. Alors que les couples s’affairent à consommer intimement le fruit de leur passion sous la formule sushis/vino/sexeries, les boîtes de nuit se peuplent de singles assoiffés de vengeance. Il s’agit de la seule débauche de l’année où toute l’assistance a l’air disponible : visiblement, il s’avère inconcevable pour un libertin d’être l’unique occupant d’un lit double en cette soirée de voluptés.

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À l’aube de l’événement, les ventes de fraises, de crème fouettée en bombonnes, de Nutella, de caramel Grenache et de lingettes intimes explosent littéralement. L’objectif : surprendre l’autre sans tomber dans les cadeaux clichés. Dégrisant à la dernière minute, les valentins maladroits et dépourvus d’idées ne savent plus où se tirer afin de tirer leur coup. C’est à ce moment que tout homme moderne à tendance salace, peu importe son niveau de créativité, saisit l’origine du mot Cupidon : « Cul pis don de chocolats de pharmacie, cul pis don de fleurs pestilentielles, cul pis don de pouliches en peluche, etc. ».

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Survoltés, les plus aventureux se précipitent vers les boutiques érotiques, qui réalisent pendant cette période des affaires en or, en caoutchouc et en latex. L’occasion rime avec expérimentation : des gadgets à batteries de tout acabit en passant par l’huile à massage qui cochonne les draps à vie, sans oublier les gels excitants déconseillés aux hypersensibles et le reconnu Lord of the CockRing, le lit conjugal se transforme en véritable laboratoire sexuel, pas de sarrau, pas de bobettes.

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Conséquemment, les amateurs de Cranium mettent de côté les défis intellectuels et sortent du placard leur divertissement coquin, qui s’est d’ailleurs déjà glissé par mégarde au travers d’autres jeux de société lors d’un gênant souper de famille. Toutefois, au moment où la compétition s’enflamme, la réalité rattrape vite les deux concurrents mis à nu. Au même titre que le plus érudit récolte souvent les honneurs au Scrabble, le plus libidineux du couple, qui prend le jeu un peu trop à cœur, use de tactiques vicieuses pour l’emporter haut la main ratoureuse. Évidemment, cette situation délicate peut mener à une discussion conflictuelle, qui se solde souvent par un deux minutes pour avoir accroché une corde sensible suivi d’une inconduite de partie de fesse.

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Par contre, le plus grand fail de cette industrie restera toujours la fameuse « culotte mangeable », qui porte bien mal son nom, puisqu’elle goûte réellement le cul. Il faut avouer que le concept est louable : dévorer les sous-vêtements de son partenaire au lieu de les enlever/déchirer. L’appétit sexuel se transforme alors en appétit tout court : dépendant du format de son partenaire, cette quête peut s’avérer laborieuse. Par excès ou avidité, la culotte mangeable peut-elle mener à la culotte de cheval? Peu importe, l’inconvénient majeur de cette expérience culinaire douteuse me fait sourire : contrairement à son assiette au restaurant, on ne peut la retourner si on y découvre un poil disgracieux.

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Quoique ces armes de copulation massive s’avèrent très effervescentes sur le coup, leur efficience demeure discutable. Plus souvent qu’autrement, l’expérience s’approche du malaise et se conclut par une phrase candide du genre « Bin au moins, on aura essayé! ». Voilà pourquoi je fantasme encore à l’idée de retourner en arrière et de revivre une authentique Saint-Valentin. À mon avis, elle remonte aux balbutiements amoureux, à l’époque où les bulles de bain et les cœurs à la cannelle accompagnaient un « coucourrier» au contenu viscéral et insoucieux à la fois : « Allo. Veux-tu être ma valentine? Oui? Non? Peut-être? ».

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— Échec et Math

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