Le love shot

Palper la paume d’une main soyeuse dans l’obscurité. Effleurer la peau du bout des lèvres humectées. Comploter pour s’esquiver en toute furtivité.

 

Rester alités toute la journée sans s’épuiser. S’époumoner d’un fou rire insoutenable dans le corridor d’un hôtel prisé. Échanger en taxi un regard bleu encore grisé.

 

Ces infimes doses d’amour s’avèrent complètement addictives. Comme quoi il y a quelque chose de chimique qui les rapproche de l’alcool : les deux sont commandés par l’hémisphère déraisonnable, désaltèrent jusqu’à l’exaltation, altèrent notre sommeil et assèchent notre compte en banque [émoticône de gars baveux].

 

Accablés par cette soif pathologique, nous consommons ces « love shots » avidement avant qu’ils ne se consument, puisqu’ils ont la propriété de s’évaporer rapidement.

 

Les propriétaires de sentiments les imagent comme étant les papillons du début, dont le battement d’ailes se synchronise en chœur avec celui de la poitrine.

 

Les grands sceptiques les campent drastiquement comme les papillons du début de la fin. Selon leur rhétorique implacable, jour après jour, un monarque s’empêtre les ailes dans les filets de la monotonie et se fait épingler sur le mur de la routine. L’amour volage se dessèche ainsi avant d’être réduit en poussière : voilà pourquoi une impénétrable chrysalide se forme autour de leurs ventricules stigmatisés.

 

Ces célibataires nocturnes et confus méprisent le couple traditionnel, qui s’apparente à une fleur diurne : il s’épanouit le jour et se ferme la nuit. À leur avis, le meilleur moyen de fondre en larmes est de fondre pour quelqu’un d’autre.

 

Et pour les plus optimistes, un seul facteur peut limiter l’éclosion : le gène de la gêne. Il s’agit du pire cockblocker de la séduction : tout sexe oral ne démarre-t-il pas par un exposé oral convainquant? Combien d’amours ou de nuits frivoles ont été gaspillés par cet accablant malaise vital?

 

En cette fête de l’amour, prenez vos couilles ou vos ovaires à deux mains et balancez à la personne que vous désirez que c’est stupide de dormir seul à la Saint-Valentin.

 

Et les célibataires qui s’apitoient sur leur sort, sachez que c’est tout aussi stupide et paradoxal de mépriser la seule journée quétaine de l’année. Sortez de votre cocon castrant, trouvez-vous un plan Cupidon et offrez-vous une tournée de love shots.

 

Vous pouvez même les mettre sur mon bill au bar.

 

 

One Response to “Le love shot”

  1. Apolline says:

    Pas mal pour un gars de région 😉

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