Hello Mister.

Nous sommes débarqués à Gili Trawangan sans avoir réservé d’hôtel au préalable, puisqu’en Indonésie l’Internet s’apparente à la mairie de Montréal : les connexions sont souvent corrompues.

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Aucun moteur n’est admis sur la micro île. Conséquemment, le service de taxi est assuré par une brigade de micro chevaux attelés d’une charrette en bois très rustique.

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Mais il ne faut pas les utiliser, puisque les filles qui aiment les animaux prétendent qu’il s’agit d’un cas d’exploitation inhumaine et étant donné que j’aime les filles qui aiment les animaux souvent je les écoute.

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C’est ainsi qu’après une marche de 30 minutes sous un soleil de plomb, nous larguâmes nos backpacks et notre dévolu dans le premier hôtel clean du bord : Oda Bungalows.

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« Hello Misterrrr ! ». Nous fûmes accueillis par un micro préposé aux chambres assez poli, s’exprimant dans un anglais très limité, qui semblait également avoir de la difficulté à faire la distinction entre partenaires de voyage et partenaires sexuels.

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Ses regards insistants et son ton de voix langoureux dévoilèrent une forte attirance envers les Québécois en tank tops, alors persuadé que nous formons un jeune couple jet set. Cette situation se produit souvent depuis le début du voyage et nous amuse. Ou plutôt nous amusait.

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Vous savez, quand une personne nous fixe et qu’on se sent obligé d’échanger un regard par politesse en souriant bêtement, regard qu’elle interprète alors fautivement comme un signe d’intérêt?

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Ce malaise résume bien nos premiers moments à l’hôtel, où le préposé devenait un peu trop attentionné envers ses seuls clients. Voire beaucoup trop.

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Nous quittâmes la chambre dès lors pour un repas gargantuesque et une fête de même envergure.

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L’aurore annonça la fin du party des grands enfants martyrisés par les vodkas Joss.  Comble du mêlé : en marchant vers notre hôtel, on réalisa que les locaux n’ont pas cru bon de nommer les rues ici.

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Après un rallye ponctué de pee stops et de directions confuses à travers un quartier tout aussi anonyme, nous nous laissâmes guider par la première prière de la journée qui annonce le levé du soleil, avant de regagner notre chambre située près de la Mosquée pour s’y évanouir.

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J’étais tellement troublé par l’attitude un peu invasive du préposé efféminé qu’il poussa l’insulte jusqu’à venir hanter mes rêves. J’eus alors une vision effrayante de lui, dans notre chambre d’hôtel, simplement vêtu d’un drap blanc porté autour du buste, un peu à la manière dont les filles s’enrobent à la sortie de la douche.

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Paniqué, je me propulse hors de mon sommeil pour mettre fin à cette scène d’épouvante. Mais en vain. Il ne s’agit pas d’un cauchemar qui se règle simplement avec un soudain réveil.

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Il y a bel et bien un inconnu dévêtu dans notre chambre d’hôtel et qui m’observe avec ce même regard vide en me disant : « Hello Mister. Are you good sleeping ? ».

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Dans un élan de panique, je me raidis en criant des choses semi-bilingues et confuses comme « KESSÉ QUE TU CRISSES ICITTE ! », « GET THE FUCK OUT ! » et « YOU DON’T KNOW PRIVACY ?? ».

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Autant effrayé que nous et craignant réellement pour sa santé physique, le petit préposé au pinch mou quitta l’aventure sur-le-champ.

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Ce ne fut évidemment pas une nuit très apaisante. Le manque de sommeil nous rendit paranoïaques : le lendemain, un montait la garde pendant que l’autre prenait sa douche.

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Nous avons désormais un nouvel hôtel qui inspire plus confiance.

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Maintenant, on prend  toujours le temps de bien s’informer avant de réserver et surtout de barrer la porte de la chambre au coucher (erreur de gars chauds, j’en conviens), même si les locaux semblent si inoffensifs.

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Et quand on fait la sieste, on se fait mutuellement des sauts qui frôlent la crise cardiaque en réveillant l’autre en lui susurrant à l’oreille un bon :

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 « Hello misterrr ».

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Bungalow

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