Nom de Dieu!

Une réalité me purge en ce moment : la foutue manie des nouveaux parents d’extérioriser leur créativité refoulée quand vient le temps d’intituler leur enfant. Cette vague de mauvais flash bouleversera l’existence de ces pauvres êtres vulnérables et exclus de ce processus décisionnel.

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Jugeons.

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Premier mauvais flash : s’inspirer d’un film populaire au box-office.

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Mise en situation : mon nom de famille, c’est Avoine. À la naissance, je me suis présenté par les oreilles, ce qui fait en sorte que la morphologie de ma tête s’est apparentée à celle d’un trophée jusqu’en troisième année.  Chaque jour en me levant le matin, je remercie mes parents de ne pas m’avoir câlissé une troisième prise dans la vie en m’appelant Alfalfa.

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En passant : si ta blonde enceinte commence sa phrase par « Chéri, pour le nom de la petite, l’autre jour j’écoutais Le Seigneur des Anneaux pis… », sauve-toi et attends que ça passe.

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Deuxième mauvais flash : remplacer une lettre ou deux d’un prénom connu afin d’y apporter une touche distinctive.

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« Écoute Véronyke, maman a toujours été reconnue pour ses fautes d’orthographe, donc elle a décidé d’en glisser deux trois dans ton prénom pour te donner du trouble. ». Chaque fois que votre enfant passera une réservation, s’inscrira à un service, laissera son nom à un flirt au bar, il devra spécifier votre crampe au cerveau.

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Hériter d’un « Y » dans un prénom francophone, c’est hériter d’un cadeau de Grecque. Le seul avantage : les jeunes bums auront plus de difficulté à retracer votre fille dans le moteur de recherche des réseaux sociaux. Et encore.

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Troisième mauvais flash : les noms composés interminables.

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Imaginez la démotivation de Francois-Étienne Filiatrault-Ivanovitch quand il sera confronté à écrire son nom en première année. Pendant le temps qu’il s’acharne à finir son roman, son chum Jo Cyr sera déjà dans la cour d’école à impressionner les petites filles en leur montrant ses nouveaux souliers avec des lumières.

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Un si grand nom réduit à une seule lettre : un L majuscule.

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Et puis ceux qui se disent « Franchement, François-Étienne ce n’est pas si lamentable que ça comme prénom ! » s’avèrent également ceux qui n’auront pas remarqué que ses initiales sont FEFI.

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Les cigles formés avec les initiales, les mauvais jeux de mots, les tournures risibles, autant d’avenues à arpenter avant de statuer sur le titre d’un enfant. L’objectif: un vocable qui facilite la rétention, une syntaxe parfaite, une orthographe conventionnelle, une créativité intelligente et un accord musical avec le nom de famille. Forcez-vous bon sens, vous avez neuf mois pour brainstormer!

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Je ne peux pas concevoir que deux adultes autonomes et sains d’esprit peuvent en venir à saboter l’avenir de leur fille en l’appelant Anouk Ross (pensez-y). Rendu là on n’appelle plus ça un nom propre, c’est un nom malpropre calvaire. On devrait sincèrement retirer le mot “génie” de leur titre de géniteur.

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Autre malaise tiré d’un fait vécu : le gars s’appelle Keven. Son fils s’appelle Nevek. [Soupir].

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Un truc pour éviter les catastrophes? Faites parvenir vos idées embryonnaires à la personne la plus désagréable et habile avec les mots de votre entourage (souvent, c’est la même). Si après 5 minutes elle démolit votre idée avec un calembour cinglant, avortez le projet (l’idée de prénom, pas le fœtus).

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Pourquoi y consacrer tant d’énergie cérébrale?

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Sachez que les enfants sont foncièrement méchants et qu’ils détiennent une expertise innée pour l’intimidation : n’allez pas donner des munitions à ces petits fantassins. Parfois, je frissonne en me rappelant les attaques verbales que j’ai dirigées vers des camarades de classe ou celles que j’ai moi-même encaissées. Le mot « infanterie » vient du mot « enfant », on le réalise seulement en vieillissant, malheureusement.

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Bref, si vous êtes coloré et que vous débordez d’excentrisme, exprimez-le dans toutes les sphères de votre vie ou sur d’autres plateformes, mais nom de Dieu, épargnez votre progéniture.

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À défaut de scrapper son prénom, connaissez-vous le scrapbook ?

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Fyn*

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* « Wow, c’est fascinant, il a remplacé le i par un y dans le mot fin ! »_ Personne

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— Échec-et-Math

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5 Responses to “Nom de Dieu!”

  1. maudecossette says:

    Merci, Mathieu!

    Si tu voyais tout ce qu’on voit dans nos classes, t’en reviendrais juste pas.

    Comme une pauvre cocote à qui les parents ont donné les deux noms de famille. Brûlé et Bacon. Dans l’ordre ou le désordre, je ne me souviens plus, mais c’était assez de munitions pour toute une vie.

  2. Math says:

    Lu sur Facebook : “Tu oublies une règle: Évitez les noms faussement ethniques.À la fête d’Élie, j’avais: Poe (sigh), Tituan, Antonio, Magdalena, Antonella, Noanne, Rosewenn et Olive. L’école étant non loin de Parc-Ex, je m’attendais à voir plusieurs bronzés. Mais non. Tout des p’tit blancs dont certains franchouillards.”

    Très drôle.

  3. Myriam says:

    Saluttt Mathieu!!
    Qu’est ce que j’ai riss en lisant ton dernier blog!!! Je ne savais pas si tu savais, mais en France, c’est encore pire. C’est la mode des prénoms inventés! J’en ai eu une tonne pendant le temps des fêtes et j’étais choqué tellement les prénoms étaient laids, ce n’est plus original, c’est affreux! Bref, je te laisse avec deux prénoms que je me souviens de deux petites filles: Zélie et Cibélia …je ne sais pas d’où ça vient hahahaha
    Tu écris tellement bien j’adore te lire n’arrête pas surtout!!
    A bientôt
    xxx

  4. Maya says:

    Ahaha!! Le fameux besoin d’un ortographe original! J’ai vu un ” Phélyx” récemment… J’me trouve quasiment plate de donner un nom ”normal” à mon bébé.. écrit comme il se prononce en plus! :p

  5. Myriam says:

    Pour faire suite à mon premier message mes amis Français ont eu un enfant et l’ont appele Syhanne euhh selon toi c’est un garçon ou une fille?!??! Bref encore un prénom inventé!!!! Ahhh le pauvre enfant hahah

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