Pense criss

 

Cet été il m’est arrivé une mésaventure qui m’a fait réfléchir.

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Alors que je fouettais ma ligne aux abords d’une sinueuse rivière afin de leurrer la proie tant convoitée (la pêche et la séduction sont intiment liées), j’ai glissé de ma roche comme un déficient pour me taper une baignade improvisée dans le rapide.

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Au début c’était cocasse, à la limite de l’amusement.

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Après quelques secondes, je sentis mon corps aspiré vers le fond, à un point tel que j’en perdis mes souliers en luttant contre le courant.

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Premier constat : j’ai sous-estimé les gros bras de l’eau, qui nous apparait souvent inoffensive malgré ses antécédents meurtriers.

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À ce juste moment, mon “brun” en natation s’avère aussi utile qu’une Charte des droits : je me sens emprisonné dans un mauvais rêve où l’on crie sans qu’un son s’échappe.

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Tous mes gestes énergivores résultent en un épuisant sur place. Le matériel n’importe plus : j’abandonne ma canne fétiche qui s’échoue au fond de l’eau.

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Et la se pointe la Panique. L’ultime folle, celle à ne pas “céder à”.

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Je ne pense plus, je survis.

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Mon esprit se met à divaguer dans l’eau. Ma respiration se resserre. Ma gorge se noue. J’avale un cocktail d’air et d’eau vaseuse. Je sens que je vais retrouver ma canne sous peu.

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Ellipse. Dans un élan d’instinct primitif, je me ressaisis, me laisse simplement dériver et regagne la berge malsain et sauf.

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Et là je dégrise : cette rare rencontre avec la Panique s’est avérée presque fatale. Quand elle s’élève, notre jugement diminue. Nos mécanismes de défense s’abaissent. Nos décisions s’abrutissent.

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Pourtant, à tête reposée, je savais comment me tirer de cette situation délicate : je me suis dit « la prochaine fois, pense criss ».

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Conclusion : la Panique conduit à l’échec. Et ce dans plusieurs sphères : n’est-elle pas d’ailleurs un puissant tue-l’amour?

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Je m’adresse à vous, célibataires qui succombent à la pression en période d’eaux troubles émotionnelles.

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Si certains de mon entourage perçoivent le célibat comme un échec social, je le vois plus comme une preuve de jugement, une introspection nécessaire, une marque d’intelligence (ok j’exagère, mais tu comprends le concept).

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Loin de moi l’idée de tuer le coup de foudre et les décisions irrationnelles.

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Mais si on accordait plus d’importance à la réflexion amoureuse, tout le monde y gagnerait : moins de déménagements les larmes aux yeux, moins de tentatives d’adultère malaisantes dans les partys de bureau, moins de ventes de corde et moins d’enfants uniques aux parents multiples.

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Donc au dépendant affectif qui vient de reprendre avec son ex manipulatrice;

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À l’universitaire qui se fie aux téléréalités et non à son jugement pour idéaliser l’homme idéal;

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Au jeune professionnel qui pense faire avancer son couple en achetant un jumelé à reculons;

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Au quadragénaire qui sait pertinemment que sa nouvelle flamme brûle pour sa Z3 et non son QI;

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À l’homosexuel qui essaye d’avoir des enfants avec sa blonde;

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Pense criss.

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—Échec-et-Math

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