L’inci-dent

Février 2014 restera longuement gravé dans ma mâchoire.

 

On se déplace dans une partie de hockey amicale sur une patinoire extérieure, où l’intensité s’est invitée. Calibre respectable + match très serré = orgueil masculin qui se pointe en jack-strap.

 

Alors que je décolle vers la victoire dans une fulgurante accélération (on romance là), mes deux patins restent bêtement coincés dans une brèche et je m’effondre tête première.

 

Sonné, lèvre ensanglantée en prime, je me relève péniblement. S’ensuit un dur retour à la réalité: ma diction risible me fait réalisé qu’une de mes dents manque à l’appel.

 

Erratum : mes amis (qui retiennent leur fou rire) et ma langue (qui parcoure ma yeule en paniquant) me confirment que deux de mes dents ont quitté l’aventure.

 

Je réalise donc que les fragments que j’ai avalés n’étaient ni ma fierté entachée, ni de la glace concassée, mais bien mes incisives centrales supérieures.

 

24 ans de hockey sur glace réduits en miettes. À ce moment, j’ignorais que débutait la pire expérience client de ma vie.

 

Après avoir noyé l’inci-dent à coup de grandes lampées de fort et d’amusantes blagues comme “t’as arçu une passe su’a palette e’l grand!”, je consacre le pire lendemain de veille de mon illustre carrière à appeler dans plusieurs cliniques dentaires de la Capitale-Nationale.

 

On peine à saisir mes bredouillements. Même Siri se fout de ma gueule.

 

Après plusieurs appels infructueux, un cabinet dont je tairai le nom accepte de me prendre 2 jours plus tard. Je m’y présente avec la ferme intention d’en ressortir avec un sourire Chrest express.

 

En arrivant devant la Dre en médecine dentaire, je constate que ma situation la laisse ironiquement de glace : des signes de $ serpentent son faux regard empathique. D’un calme inquiétant, elle me dicte son évaluation rapide des coûts :

 

– 70 $ pour la radiographie

– 500 $ par dent pour un traitement de canal

– 300 $ par dent pour une facette

– 700 $ par dent pour une couronne

– 30 $ pour avoir respiré l’air de la clinique

– taxes et compassion non-incluses

 

Après les dents, les bras me sont tombés. Une facture dure à avaler, qui s’élève à plus de 3 500 $. La santé dentaire au détriment de la santé financière (et mentale).

 

J’ai par contre l’insupportable certitude qu’on insulte mon intelligence, qu’on tente de m’escroquer. Finalement, après une discussion un peu houleuse, nous concluons une entente : elle me posera des facettes “temporaires”, en composite, pour 700 $. Selon l’avis de mon éminente spécialiste, elles tiendront à peine 10 jours. Je prends le guess.

 

6 mois après, mes facettes sont toujours très solides et tiennent en place. Par contre, la qualité et le choix du composite laissent à désirer : on dirait que j’ai des palettes “2 nuances de gris”, qui s’apparentent au dégradé d’un échantillon Sico.

 

Plusieurs signes le confirment, comme la question récurrente “As-tu bu du vin rouge? Non?? Ha ok…”.

 

Je prends tout de même la situation avec un grain d’humour, comme en témoigne cette vidéo qui fait sourire.

 

 

Finalement, je me résigne à contacter un cabinet plus réputé, mais cette fois, en prenant soin de mener ma propre enquête en profondeur. Dans la documentation d’ouverture de dossier, j’étale le fruit de mes recherches :

 

Je m’appelle Mathieu Avoine, je me suis fracturé les deux incisives centrales supérieures à près de 50 % lors de mon dernier combat de UFC en février dernier. Après les avoir fait reconstruire par un cabinet incompétent, j’ai rapidement remarqué que le composite utilisé détonait de la couleur naturelle de mes dents.

 

Nul besoin de traitements de canal ou de couronnes en céramique, puisque le nerf n’a pas été touché et que la racine de ma dent est assez solide pour accueillir la facette.

 

Je me fis donc sur votre grande expertise pour refaire ce travail bâclé, en utilisant un meilleur composite, afin que je retrouve mon sourire naturel radieux et que ma copine cesse de retirer ses verres de contact avant le sexe.”

 

En a découlé une de mes meilleures expériences client ever, et pour le tiers du prix évalué par leur pair, véritable honte pour le domaine. Coïncidence? Loin de moi l’idée de mettre tous les dentistes dans le même merdier, mais j’ose imaginer que cette prémisse expéditive a imposé un certain respect.

 

Mon conseil à 2 cents (ou à 2 dents) : dans l’air des tutoriels, du “do it yourself” et de l’accès illimité à l’information, lâchez-les “Regardez ce que cette fille a fait avec son caca” deux minutes et faites vos devoirs avant d’aller chez le dentiste, au garage, chez le chiro, etc.

 

Savoir, c’est pouvoir… arrêter de se faire fourrer.

 

2 Responses to “L’inci-dent”

  1. Romain says:

    Salut Mathieu,
    il serait intéressant de savoir le nom du deuxième cabinet de dentiste, celui dont tu es satisfait.
    Merci.

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