Ça va faire

Je vais avoir 30 ans.

c

Ça va faire 25 ans que j’ai vécu mon premier jour d’école. Ça fait sensiblement le même temps que les blagues « Mathieu Céréale » et « Avoine Croquante » ont vu le jour.

c

Ça va faire 24 ans que j’ai réalisé que je suis hétérosexuel. Merci à toi, Vada dans L’été de mes 11 ans.

c

Ça va faire 21 ans que j’ai retiré ma boucle d’oreille (une chaîne en argent ornée d’une croix), jeté mon kit en jeans Pentagone et coupé mon pad de feu (legs de Patrick).

c

ÇaVaFaire3c

Curieusement, ces décisions ont coïncidé avec une hausse significative de mon taux d’interactions avec les humains de sexe opposé.

c

Ça va faire 18 ans que j’ai dit pour la première fois « j’boirai p’us jamais » et du même coup découvert les vertus thérapeutiques du jus de tomate.

c

Ça va faire 17 ans qu’Allan Theo a lancé « Lola ».

c

Ça va faire 17 ans que je sacre chaque fois qu’un DJ moustachu de disco mobile part Lola dans un party de région.

c

Ça va faire 14 ans que je conduis officiellement. 18 si on compte la première où mon père m’a laissé sa place dans le rang en spécifiant de garder ça mort avec ma mère.

c

Ça va faire 17 ans et 364 jours que ma mère a pété une solide coche à mon père parce qu’il a laissé conduire son pickup décrisse à un ado prépubère.

c

Ça va faire 15 ans que je suis majeur. Merci à toi, vieille carte d’assurance maladie du frère roux d’un de mes meilleurs amis.

c

Ça va faire 2 ans que je suis parrain et que désormais, j’ai un adorable référent qui m’indique que la vie défile à un rythme effréné.

c

Ça va faire 24 ans que je sais écrire, 5 ans que j’entretiens ce modeste blogue, et 4 ans que c’est vraiment plus cool d’avoir un blogue.

c

Avec près de 50 posts qui visaient souvent à faire rire, parfois réfléchir, je pense qu’on a fait le tour de mes crampes au cerveau, chers lecteurs et lectrices.

c

Merci à vous trois. ;))

c

–Échec-et-Math

c

L’inci-dent

Février 2014 restera longuement gravé dans ma mâchoire.

 

On se déplace dans une partie de hockey amicale sur une patinoire extérieure, où l’intensité s’est invitée. Calibre respectable + match très serré = orgueil masculin qui se pointe en jack-strap.

 

Alors que je décolle vers la victoire dans une fulgurante accélération (on romance là), mes deux patins restent bêtement coincés dans une brèche et je m’effondre tête première.

 

Sonné, lèvre ensanglantée en prime, je me relève péniblement. S’ensuit un dur retour à la réalité: ma diction risible me fait réalisé qu’une de mes dents manque à l’appel.

 

Erratum : mes amis (qui retiennent leur fou rire) et ma langue (qui parcoure ma yeule en paniquant) me confirment que deux de mes dents ont quitté l’aventure.

 

Je réalise donc que les fragments que j’ai avalés n’étaient ni ma fierté entachée, ni de la glace concassée, mais bien mes incisives centrales supérieures.

 

24 ans de hockey sur glace réduits en miettes. À ce moment, j’ignorais que débutait la pire expérience client de ma vie.

 

Après avoir noyé l’inci-dent à coup de grandes lampées de fort et d’amusantes blagues comme “t’as arçu une passe su’a palette e’l grand!”, je consacre le pire lendemain de veille de mon illustre carrière à appeler dans plusieurs cliniques dentaires de la Capitale-Nationale.

 

On peine à saisir mes bredouillements. Même Siri se fout de ma gueule.

 

Après plusieurs appels infructueux, un cabinet dont je tairai le nom accepte de me prendre 2 jours plus tard. Je m’y présente avec la ferme intention d’en ressortir avec un sourire Chrest express.

 

En arrivant devant la Dre en médecine dentaire, je constate que ma situation la laisse ironiquement de glace : des signes de $ serpentent son faux regard empathique. D’un calme inquiétant, elle me dicte son évaluation rapide des coûts :

 

– 70 $ pour la radiographie

– 500 $ par dent pour un traitement de canal

– 300 $ par dent pour une facette

– 700 $ par dent pour une couronne

– 30 $ pour avoir respiré l’air de la clinique

– taxes et compassion non-incluses

 

Après les dents, les bras me sont tombés. Une facture dure à avaler, qui s’élève à plus de 3 500 $. La santé dentaire au détriment de la santé financière (et mentale).

 

J’ai par contre l’insupportable certitude qu’on insulte mon intelligence, qu’on tente de m’escroquer. Finalement, après une discussion un peu houleuse, nous concluons une entente : elle me posera des facettes “temporaires”, en composite, pour 700 $. Selon l’avis de mon éminente spécialiste, elles tiendront à peine 10 jours. Je prends le guess.

 

6 mois après, mes facettes sont toujours très solides et tiennent en place. Par contre, la qualité et le choix du composite laissent à désirer : on dirait que j’ai des palettes “2 nuances de gris”, qui s’apparentent au dégradé d’un échantillon Sico.

 

Plusieurs signes le confirment, comme la question récurrente “As-tu bu du vin rouge? Non?? Ha ok…”.

 

Je prends tout de même la situation avec un grain d’humour, comme en témoigne cette vidéo qui fait sourire.

 

 

Finalement, je me résigne à contacter un cabinet plus réputé, mais cette fois, en prenant soin de mener ma propre enquête en profondeur. Dans la documentation d’ouverture de dossier, j’étale le fruit de mes recherches :

 

Je m’appelle Mathieu Avoine, je me suis fracturé les deux incisives centrales supérieures à près de 50 % lors de mon dernier combat de UFC en février dernier. Après les avoir fait reconstruire par un cabinet incompétent, j’ai rapidement remarqué que le composite utilisé détonait de la couleur naturelle de mes dents.

 

Nul besoin de traitements de canal ou de couronnes en céramique, puisque le nerf n’a pas été touché et que la racine de ma dent est assez solide pour accueillir la facette.

 

Je me fis donc sur votre grande expertise pour refaire ce travail bâclé, en utilisant un meilleur composite, afin que je retrouve mon sourire naturel radieux et que ma copine cesse de retirer ses verres de contact avant le sexe.”

 

En a découlé une de mes meilleures expériences client ever, et pour le tiers du prix évalué par leur pair, véritable honte pour le domaine. Coïncidence? Loin de moi l’idée de mettre tous les dentistes dans le même merdier, mais j’ose imaginer que cette prémisse expéditive a imposé un certain respect.

 

Mon conseil à 2 cents (ou à 2 dents) : dans l’air des tutoriels, du “do it yourself” et de l’accès illimité à l’information, lâchez-les “Regardez ce que cette fille a fait avec son caca” deux minutes et faites vos devoirs avant d’aller chez le dentiste, au garage, chez le chiro, etc.

 

Savoir, c’est pouvoir… arrêter de se faire fourrer.

 

P’us jamais svp.

Dès votre arrivée, vous comprenez que vous vous trouvez en milieu hostile.

c

Les voitures ne sont pas garées, elles sont égarées, voire abandonnées. On dirait que leurs occupants s’en sont extirpés alors qu’elles étaient encore en mouvement.

c

Des VUS blindés trônent au sommet des terrepleins. Les zones de stationnement pour handicapées s’apparentent à des zones sinistrées.

c

Les hommes et les pneus crissent, les femmes succombent à la panique, les enfants pleurent.

c

Un tintamarre de klaxons agrémente la scène. Feu les feux de circulation : la seule loi qui règne ici, c’est celle du talion.

c

Bienvenue chez Costco.

c

Après avoir cassé la clavicule d’un baby-boomer téméraire qui tentait de shifter votre panier (le concept de courtoisie n’a pas été inventé entre 1945-1960), vous voilà dans une file d’attente qui n’est pas sans rappeler celle qui mène à l’abattoir.

c

Dès votre entrée dans l’arène, vous comprenez que la signature de l’entreprise pourrait s’apparenter à “COSTCO : le plus puissant des émollients fécaux.”.

c

Un sexagénaire a conclu qu’il est approprié d’essayer des vêtements quand il n’y a pas de salle prévue pour essayer des vêtements. Vous voilà donc aux premières loges pour regarder un documentaire du National Geographic sur l’homosapien de Sillery à la toison foisonnante poivre et sel.

c

La dame responsable des dégustations dans le rayon des fromages pourrait se mériter le Prix Nobel de la paix. Chaque plateau qu’elle dépose se fait dévorer instantanément par des zombies avares ayant décidé de souper au comptoir de gratuités.

c

Personne ne respecte le Code de la route en panier. Il stipule pourtant l’obligation de faire ses stops et ses angles morts, de laisser passer les piétons, de favoriser un partage harmonieux de l’allée et de ne surtout pas se câlisser statique au milieu de la place.

c

La sécurité est défaillante. Deux nouvelles célibataires esseulées et hystériques en viennent aux coups pour le dernier baril de Nutella.

c

Un homme a une télé HD, des bavettes AAA et des bobettes XL dans le même panier et passe complètement inaperçu.

c

L’image aux caisses rappelle celle aux douanes à la fin des vacances de la construction. Vous faites un chassé dans le plexus du baby-boomer déjà amoché qui tente de vous dépasser.

c

La dame devant vous s’en sort avec une facture à haute teneur en sodium de 2 200 $, débités du compte chèque sans même sourciller. Elle semble vraiment fascinée par le concept, ce qui explique probablement pourquoi son fils s’appelle Kirkland. La caissière vous accueille avec un sourire qui reflète l’enthousiasme d’une femme qui aime son travail. Not.

c

Après avoir réhypothéqué votre propriété et vendu aux enchères une partie de votre moelle osseuse, vous finissez par payer.

c

Dès lors, vous vous précipitez vers la sortie à vive allure, où une dame à la santé mentale précaire vous intercepte afin de parcourir votre facture d’un regard vide et inquiétant.

c

Une fois assis dans votre voiture, haletant et troublé, vous barrez les portes pour reprendre contact avec la réalité.

c

C’est à ce moment que vous réalisez qu’étant donné qu’on ne va pas chier loin avec un 5 gallons de mayo et une scelleuse sous vide, cette expérience éprouvante s’achèvera à… la bonne vieille épicerie.

c

La bonne

Après 3 jours de vie commune, tu extirpes l’équivalent d’un raton laveur en cheveux du drain de la  douche, sans sacrer ou gaguer. Ou presque.

c

Peu importe où, à chaque repas, tu rapproches sa chaise près de la tienne, au détriment du plancher de bois franc.

c

Tu la trouves attirante même avec un grain de poivre jacké entre les palettes ou une monster coune sur le bord du nez lors d’une baignade arrosée.

c

Tu ne ferais jamais lire les textos que tu lui envoies à tes chums de gars, par crainte de t’attirer des surnoms gênants comme Larry Love ou Josélito.

c

Tu trouves des prétextes insensés comme “Tut tut…! Faut sauver de l’eau.” pour te laver à ses côtés.

c

Chacune de ses imperfections devient parfaite. Une tache devient un tatou de naissance, une mouche, un grain d’une vraie beauté, et un petit bras dans le front, un complice lors des préliminaires [désolé pour celle-là].

c

Si elle tombe malade par malheur, tu te lances dans des recherches Google hasardeuses, pour ensuite tenter de la sécuriser en utilisant un jargon médical que tu maîtrises fuckall.

c

C’est cliché, mais t’es all in avec, et tu l’aimes à la vie et à la mort. C’est d’adon, puisqu’elle manque souvent vous tuer lors de moments de stress en voiture.

c

De son côté, elle ne te juge pas malgré ton léger TDA, ton passage à vide chez les scouts, ou ton pad et ton piercing d’oreille douteux de la quatrième année. Ou presque.

c

Elle rit de toutes tes blagues, même la fois où tu lui as commandé un échantillon de couche gratuit Depends, pour militer contre le port du body de type cache-couche pour femme.

c

Elle te trouve attirant dans ton simili-kit de jobber (qui se résume a des vielles jeans et un t-shirt Good Humor), tes camisoles qui brouillent les pistes sur ton orientation sexuelle et ton équipement de hockey en état de décomposition avancée.

c

Elle occupe la fonction de conseillère vestimentaire privée, et t’apprend du même coup que de porter des sous-vêtements, c’est pas une option dans vie.

c

Dans une cuisine, vous êtes complices et équilibrés : vous formez un parfait accord mets/vin.

c

Dans un lit, vous vous accordez comme un la et un si, ou deux paniers d’épiceries.

c

Qu’elle soit dans ta vie depuis des lunes, ou encore sur Mon Classeur, accotée au bar ou égarée sur Tinder, la bonne, c’est celle qui dépoussière ton coeur de pierre, flushe tes angoisses et lessive la concurrence.

c

That’s it.

c

– Échec-et-Math

c

La fille de région

T’as viré ta première brosse à 13 ans au Festival de ton village, alors qu’un inconnu t’avait sorti un six pack de Boomerang que t’as finalement vomi dans le stationnement de l’aréna après avoir frenché ton kick.

 c

À 15 ans, tu rentrais dans les bars (ou plutôt, LE bar du motel ou du centre d’achat) avec les cartes d’une cousine qui te ressemble fuckall.

 c

Quand t’as commencé à sortir, tu ne savais pas trop comment t’habiller (Pentagone), te maquiller (l’équivalent d’un coup de gun à paintball dans face), danser (pieds inertes, mouvements saccadés des bras et de la tête) et te commander un verre (Apricot brandi sâouère). Maintenant, tu restes naturelle et tu n’as jamais autant rayonné.

 c

Tu sais conduire manuel parce que ton père te l’a appris dans les rangs avec son vieux pick-up décrisse.

 c

On retrace encore dans ta voiture de vieilles compilations bipolaires, où se succèdent Blink 182, Sean Paul et Francis Cabrel.

 c

Célibataire, quand tu dors seule, souvent tu portes un affreux t-shirt d’équipe sportive au nom astral (ex.: les Comètes, les Fusées, etc.) ayant appartenu à ton frère au secondaire.

 c

Enfin rendue à 18 ans, t’as été barmaid à ce même bar de motel ou de centre d’achat parce que tu fais partie des plus cutes du village et que le proprio opportuniste t’avait spotté à 15 ans.

 c

Quand tu sors, tu empiles ta sacoche et celles de tes “chums de fille” sur le plancher, pour ensuite les vénérer comme une relique en dansant autour.

 c

Si un gars t’offre un verre, des fois tu réponds “une 50”.

 c

On va se le dire, toi et les talons, ça marche pas fort [image mentale de Bambi qui vient de naître]. T’en as pas tant besoin pour être attirante, ton charisme reste ta meilleure arme de séduction massive. Voilà pourquoi plus souvent qu’autrement ils finissent dans le tas de sacoches.

 c

Tu n’as pas nécessairement voyagé beaucoup, mais quand tu t’évades dans le sud, tes amis Facebook ont droit à un diaporama complet, incluant les nuages en avion, ton premier drink exotique ou le classique des orteils dans le sable, sans oublier les poses compromettantes avec les locaux.

 c

Si t’es en couple, t’es une blonde cool. Tu donnes des bines, tu fais des jokes avec un sarcasme ou une vulgarité bien dosés et t’es ouverte au sexe dans la voiture (sauf pendant qu’elle roule).

Quand aujourd’hui tu redescends au Festival régional (c’est sacré!) et que tu présentes ton nouveau chum à tes amis gars d’enfance, il part déjà avec 3 prises (normal, il a hooké la seule belle fille du village).

 c

Tu profites de ton passage pour laisser ton auto au garage “Chez papa”, où les changements de pneus, d’huile et même parfois les nettoyages coûtent gratis.

 cc

Quand tu reviens d’un séjour dans ton village natal, ton entourage urbain rit de toi pour les deux semaines qui suivent parce que tes expressions naturelles sont revenues au galop dans ton vocabulaire.

 c

Pis finalement, après quelques mois de relation où tu commences à être à l’aise, sans avertissement, par un beau dimanche soir de cocooning en amoureux : tu ressors ton osti de t-shirt des Comètes!

 c

Fascinante fille de région, ne change surtout pas. Grâce à toi, la ville a une beauté sauvage.

c

—Échec-et-Math

c

Le romantisme créatif

Echec&Math_Plume&Shooter_V2

 

La Saint-Valentin me fait sourire.

 

Bienvenue dans la période de l’année où impressionner l’être cher s’élève pour plusieurs au sommet de la pyramide de l’angoisse.

 

Une chose au sujet de l’achat d’un cadeau : l’argent tue la créativité. De la richesse découle la paresse intellectuelle, le “dépenser au lieu de penser”.

 

Voilà pourquoi le gars bien nanti financièrement achète la paix à grands coups de carats et de lingerie fine.

 

Le gars paumé devra quant à lui trouver un concept ingénieux pour réussir à causer le même effet avec 50 piasses.

 

D’où l’émergence du romantisme créatif. Celui imprévisible, réfléchi, audacieux, qui cause des échecs lamentables ou des nuits remarquables. Bref, celui qui ne laisse pas indifférent.

 

3) Le concept Barilla

 

Inspire-toi d’une pub bien connue et descends sournoisement chez ta voisine sur qui tu trippes en cachette, dépose une boîte de spaghetti Barilla au pied de sa porte, cogne et enfuis-toi en ricanant comme un enfant.

 

Dévoile ton jeu plus tard quand tu la recroiseras, ou live-là si elle te pogne parce que t’as déboulé les escaliers comme un déficient.

 

À noter que cette idée comporte le risque qu’elle appelle la police en pensant que t’es un freak qui l’espionne pendant qu’elle cuisine ses pâtes du mardi soir. Prière d’avoir perçu un indice d’intérêt mutuel au préalable.

 

2) Le concept du retour à l’enfance

 

Dessine une carte aux crayons de cire illustrant une scène de complicité entre toi et ta douce. Essaye d’y esquisser des référents qui lui plaisent (chat, licorne, Ryan Gosling, etc.).

 

Astuce anti-savate dans la fourche : évite d’exagérer les formes de son corps et d’imager l’appareil dentaire qu’elle porte en dormant.

 

Ajoute un petit mot smath. Rendu là je te dirai quoi pas écrire dude tu te lèves tous les matins à côté d’elle, tu dois bien avoir une idée. Au pire vas-y avec le classique de mon père : “Tu es plus belle qu’hier, moins que demain”. Way to go Jean-Marc.

 

Fais-moi plastifier ça et remplace là par son napperon au restaurant pendant qu’elle va remonter son tube top aux toilettes.

 

Ou encore, pourquoi ne pas reprendre un bon vieux classique de notre enfance?

 Capture d’écran 2014-02-12 à 21.32.52

1) Le concept Valentine

 

Lance une bombe en teaser :

 Valentine

 

Achète une bouteille de bulles (ou deux) et amène ta date au Valentine apporter votre vin le plus près de chez vous (ça existe pour vrai).

 

Immortalise la face de la caissière quand tu lui demanderas quel accord elle te suggère avec un Prosecco. Sabre les bulles dans la cuisine et joue au jeu “une gorgée par roteux vendu”.

 

Prends un taxi jusqu’au bar de karaoké le plus proche. Dis au proprio qu’il n’a aucune intuition marketing puisqu’il est inconscient du potentiel de son établissement un soir comme la St-Valentin.

 

Pousse la boutch qui se donne un peu trop sur le stage, mets-toi en chest pis interprète la plus animale des versions de “N’importe quoi”. Fini par necker au bar sur le riff des “Chats sauvages” entre deux shooters de Fireball (coeurs à la cannelle liquéfiés).

 

[Désolé pour la bulle au cerveau.]

 

Au final, une chose à retenir du romantisme créatif : penser avant de dépenser, car dans les petits gestes les meilleurs moments.

 

— Échec-et-Math

 

 

Les vieux sacrés

 

Samedi midi de tempête.

c

Dans la file d’attente de la caisse rapide de l’épicerie, un septuagénaire au visage lumineux patiente avec sa “commande”.

c

Tout le monde dans place a mis sa face de “tabarnack d’hiver de cul de marde d’estie de dame nature mal baisée”. Sauf lui.

c

Une fois à son tour, il sourit bêtement à la caissière qui lui balance la question qui pollue :  “Allez-vous prendre un sac monsieur?”.

c

Calme et posé, il s’approche d’elle pour créer une complicité et lui répond d’un ton sérieux :

c

Oui mademoiselle, j’vais en prendre un en papier svp, ma femme est pas bin belle de c’temps-là“.

c

Je meurs.

c

Je m’esclaffe d’un rire encore plus gras que les patates hashbrown qui me gèlent les mains. Le reste de l’assistance sourit, par politesse ou pas, sauf la principale concernée qui semble un peu moins rapide que la caisse.

c

Faut comprendre que dans vie, y’a deux choses qui m’amusent vraiment : un enfant qui fait un jeu de mots à son insu et une personne âgée pince-sans-rire qui blaste son vieux grincheux ou qui rit de sa coucoune.

c

On s’entend pour dire que la blague n’est pas si drôle en soi; c’est le standing social du blagueur qui lui confère un si grand impact.

c

Voilà pourquoi ma seule motivation à vieillir se résume au fait qu’un jour je serai assez vieux pour enfin me permettre de dire tout ce que je pense à voix haute sans aucune retenue et mettre ça sur le dos de la sénilité.

c

Récemment, j’ai réalisé que ma vie manquait clairement de personnes âgées.

c

Je revois mon grand-père, son imposante stature, sa grande classe peu importe l’occasion (d’où le complet en laine en pleine canicule), la façon dont il faisait rouler son change dans sa poche droite, son habitude maladive à se stationner de reculons “pour toujours partir d’avant”.

c

Même combat pour mon arrière grand-mère, victime d’un accident bête à l’âge de 98 ans, qui demeure une des personnes les plus lucides, drôles et rassembleuses que j’ai connues.

c

C’est une valeur qui m’a été inculquée. Je peux donc vous assurer que la grand-mère qui me reste est comblée par ses enfants et ses petits enfants.

c

De là, quand je me retrouve dans une soirée où la famille élargie de la personne fêtée est invitée, je gosse toujours le doyen de la place.

c

Je lui demande de m’entretenir de ses histoires de pêche invraisemblables, de ses balades en voiture avec une grosse (bière) entre les pattes, de ses escapades de jeune loup, de comment il a hooké sa femme sans sites de rencontres ni réseaux sociaux ni textos.

c

La plupart du temps, si la mémoire n’a pas quitté l’aventure, les personnes âgées s’avèrent une source inestimable d’histoires divertissantes.

c

Ceux qui pensent que leur seul contenu se résume à dresser l’éventail de leur dossier médical, de confesser l’état de leurs selles ou de radoter le bulletin météo ne se sont  jamais réellement attardés à discuter avec eux.

c

Je te dis pas de plagier Boukar pis de déterrer tes racines à chaque fois que t’ouvres la yeule. Mais si t’en connais plus sur les candidats no name d’une téléréalité que tes propres grands-parents, je te juge solide.

c

Parce qu’à l’image de la morale sacrée de Big Fish, le meilleur vecteur pour honorer leur mémoire n’est-il pas de faire vivre leurs histoires inspirantes de génération en génération?

c

— Échec-et-Math 

 c

 

 

 

 

Pense criss

 

Cet été il m’est arrivé une mésaventure qui m’a fait réfléchir.

c

Alors que je fouettais ma ligne aux abords d’une sinueuse rivière afin de leurrer la proie tant convoitée (la pêche et la séduction sont intiment liées), j’ai glissé de ma roche comme un déficient pour me taper une baignade improvisée dans le rapide.

c

Au début c’était cocasse, à la limite de l’amusement.

c

Après quelques secondes, je sentis mon corps aspiré vers le fond, à un point tel que j’en perdis mes souliers en luttant contre le courant.

c

Premier constat : j’ai sous-estimé les gros bras de l’eau, qui nous apparait souvent inoffensive malgré ses antécédents meurtriers.

c

À ce juste moment, mon “brun” en natation s’avère aussi utile qu’une Charte des droits : je me sens emprisonné dans un mauvais rêve où l’on crie sans qu’un son s’échappe.

c

Tous mes gestes énergivores résultent en un épuisant sur place. Le matériel n’importe plus : j’abandonne ma canne fétiche qui s’échoue au fond de l’eau.

c

Et la se pointe la Panique. L’ultime folle, celle à ne pas “céder à”.

c

Je ne pense plus, je survis.

c

Mon esprit se met à divaguer dans l’eau. Ma respiration se resserre. Ma gorge se noue. J’avale un cocktail d’air et d’eau vaseuse. Je sens que je vais retrouver ma canne sous peu.

c

Ellipse. Dans un élan d’instinct primitif, je me ressaisis, me laisse simplement dériver et regagne la berge malsain et sauf.

c

Et là je dégrise : cette rare rencontre avec la Panique s’est avérée presque fatale. Quand elle s’élève, notre jugement diminue. Nos mécanismes de défense s’abaissent. Nos décisions s’abrutissent.

c

Pourtant, à tête reposée, je savais comment me tirer de cette situation délicate : je me suis dit « la prochaine fois, pense criss ».

c

Conclusion : la Panique conduit à l’échec. Et ce dans plusieurs sphères : n’est-elle pas d’ailleurs un puissant tue-l’amour?

c

Je m’adresse à vous, célibataires qui succombent à la pression en période d’eaux troubles émotionnelles.

c

Si certains de mon entourage perçoivent le célibat comme un échec social, je le vois plus comme une preuve de jugement, une introspection nécessaire, une marque d’intelligence (ok j’exagère, mais tu comprends le concept).

c

Loin de moi l’idée de tuer le coup de foudre et les décisions irrationnelles.

c

Mais si on accordait plus d’importance à la réflexion amoureuse, tout le monde y gagnerait : moins de déménagements les larmes aux yeux, moins de tentatives d’adultère malaisantes dans les partys de bureau, moins de ventes de corde et moins d’enfants uniques aux parents multiples.

c

Donc au dépendant affectif qui vient de reprendre avec son ex manipulatrice;

c

À l’universitaire qui se fie aux téléréalités et non à son jugement pour idéaliser l’homme idéal;

c

Au jeune professionnel qui pense faire avancer son couple en achetant un jumelé à reculons;

c

Au quadragénaire qui sait pertinemment que sa nouvelle flamme brûle pour sa Z3 et non son QI;

c

À l’homosexuel qui essaye d’avoir des enfants avec sa blonde;

c

Pense criss.

c

—Échec-et-Math

c

Une nuit à Bangkok.

Crampe au cerveau majeure au retour de Bali: faire une escale de 16 heures à Bangkok, question de prendre des forces en vue des 20 heures de vol qui nous attendais. Double prix Nobel.

c

Après un transfert d’aéroport et le dépôt libérateur de nos bagages, un chauffeur de taxi unilingue nous conduisit vers Khao San, une rue réputée pour son insomnie chronique.

c

45 minutes et 250 thaï bahts plus tard (l’équivalent de 8 $ canadiens), nous voici à fouler le pavé où règnent la bouffe de rue cheap, les bars aux accroches créatives comme « We don’t ask for ID » et les tailleurs insistants qui tentent de te vendre un complet à + 40 C°.

c

Mon iPhone affiche 19 h.

c

Tel que convenu, 20 minutes après notre arrivée, nous avons déjà explosé notre objectif utopique de « prendre un verre bin chill en ville ».

c

Attablés avec un couple d’Espagnols nous vantant la beauté de leur patrie (la meilleure publicité d’un pays provient de sources internes), nous n’avons pas connaissance des secondes qui se consument au même rythme que la chicha.

c

Entre deux bouffées, l’hispanique panique et se lève d’un coup. Il revient trente minutes plus tard, arborant fièrement un nouveau piercing douteux à l’oreille gauche.

c

Mon iPhone affiche 10 h.

c

Un Asiatique de Vancouver s’assois à nos côtés et nous exhibe son shit tatoo fraîchement pioché. On dirait un dessin d’enfant réalisé au poignard, scellé par une couche de vaseline et de Saranwrap.

c

Le fort nous est servi en 13 onces dans une chaudière avec des pailles.

c

Une femme passe aux tables non pas pour vendre des roses, mais des scorpions grillés sur des brochettes.

c

Tout est délicieusement anormal. À la tombée de la nuit, Kao San se transforme en Chaos San.

c

Mon iPhone affiche minuit. Nous affichons une alcoolémie avancée.

c

Après avoir refusé plusieurs fois, nous succombons. Pour 20 thaï bahts seulement, un inconnu louche nous emmène en Tok-Tok (petit véhicule qui ferait frissonner Jean-Marie De Koninck) vers le spectacle culturel le plus convoité de la Thaïlande : le Ping Pong Show.

c

Après avoir craint le pire, nous arrivons sains et saufs à destination une demi-heure plus tard.

c

Nous aboutissons dans une ruelle qui s’apparente à un véritable terrain d’entrainement pour viol. Soulagement en voyant deux occidentaux entrer dans la pénombre du club d’apparence clandestin.

c

Première constatation une fois assis : l’étonnant pourcentage de filles dans l’assistance. Plusieurs curieuses se sont déplacées pour s’éblouir devant ces prouesses de sexe féminin.

c

Après une petite danse aussi sensuelle qu’un ACV, la première participante sur scène s’exécute : elle chevauche un sifflet et en joue habilement en suivant le rythme de la musique ambiante.

c

À la fin de sa symphonoune, elle tend son instrument à une trentenaire sidérée qui le repousse avec  dédain.

c

À mon avis, son conjoint l’avait convaincue de venir après avoir fait la concession de magasiner des bijoux en argent toute la journée. Ils quittèrent dans les secondes qui suivirent.

c

Nous non. Le spectacle est lancé. De là, plusieurs artistes nues fesses se succèdent :

c

–       Une s’extirpe assez de guirlandes pour décorer un sapin géant ;

–       L’autre fait éclater des ballons avec des fléchettes propulsées par une sarbacane de course ;

–       La suivante fume mais ses poumons ne risquent rien.

c

La foule est bouche bée. C’est la grande manifestation du sanctuaire de l’amour, la fiesta de la cunca, du génie génital!

c

–       Une mystifie l’auditoire en engloutissant une bouteille d’eau pour ensuite rejeter un liquide d’une couleur violacée ;

–       L’autre catapulte un cœur de palmier au plafond et le rattrape sous les applaudissements ;

–       Et le clou du spectacle : la décapsuleuse. Tu la veux en permanence à côté de ton frigidaire.

c

Mon iPhone affiche 2 heures.

c

Malaise en fin de show où un Asiatique monte sur la scène avec son thaï batte et se met au travail avec une concurrente à la flexibilité remarquable. On quitte l’aventure.

c

Après un épisode avec des locaux de sexe encore indéterminé, un pad thaï de fin de soirée à 1 $ et une éprouvante ride de taxi de retour avec des pointes à 170 km/h, nous voici assis dans l’avion.

c

Mon iPhone affiche 6h12 du matin.

c

Nous affichons une mine pitoyable. La montée est terminée, ne reste plus que le crash.

c

Et c’est là que réside l’effervescence du voyage : prendre des risques sous le prétexte de l’expérience. Par chance, rien ne nous est arrivé et nous avons pu prendre ce fameux vol en un seul morceau (d’apparence un peu mastiqué).

c

Quelle soirée. Comment résumer une nuit à Bangkok ? « Bad decisions make good stories. »

c

Hello Mister.

Nous sommes débarqués à Gili Trawangan sans avoir réservé d’hôtel au préalable, puisqu’en Indonésie l’Internet s’apparente à la mairie de Montréal : les connexions sont souvent corrompues.

c

Aucun moteur n’est admis sur la micro île. Conséquemment, le service de taxi est assuré par une brigade de micro chevaux attelés d’une charrette en bois très rustique.

c

Mais il ne faut pas les utiliser, puisque les filles qui aiment les animaux prétendent qu’il s’agit d’un cas d’exploitation inhumaine et étant donné que j’aime les filles qui aiment les animaux souvent je les écoute.

c

C’est ainsi qu’après une marche de 30 minutes sous un soleil de plomb, nous larguâmes nos backpacks et notre dévolu dans le premier hôtel clean du bord : Oda Bungalows.

c

« Hello Misterrrr ! ». Nous fûmes accueillis par un micro préposé aux chambres assez poli, s’exprimant dans un anglais très limité, qui semblait également avoir de la difficulté à faire la distinction entre partenaires de voyage et partenaires sexuels.

c

Ses regards insistants et son ton de voix langoureux dévoilèrent une forte attirance envers les Québécois en tank tops, alors persuadé que nous formons un jeune couple jet set. Cette situation se produit souvent depuis le début du voyage et nous amuse. Ou plutôt nous amusait.

c

Vous savez, quand une personne nous fixe et qu’on se sent obligé d’échanger un regard par politesse en souriant bêtement, regard qu’elle interprète alors fautivement comme un signe d’intérêt?

c

Ce malaise résume bien nos premiers moments à l’hôtel, où le préposé devenait un peu trop attentionné envers ses seuls clients. Voire beaucoup trop.

c

Nous quittâmes la chambre dès lors pour un repas gargantuesque et une fête de même envergure.

c

L’aurore annonça la fin du party des grands enfants martyrisés par les vodkas Joss.  Comble du mêlé : en marchant vers notre hôtel, on réalisa que les locaux n’ont pas cru bon de nommer les rues ici.

c

Après un rallye ponctué de pee stops et de directions confuses à travers un quartier tout aussi anonyme, nous nous laissâmes guider par la première prière de la journée qui annonce le levé du soleil, avant de regagner notre chambre située près de la Mosquée pour s’y évanouir.

c

J’étais tellement troublé par l’attitude un peu invasive du préposé efféminé qu’il poussa l’insulte jusqu’à venir hanter mes rêves. J’eus alors une vision effrayante de lui, dans notre chambre d’hôtel, simplement vêtu d’un drap blanc porté autour du buste, un peu à la manière dont les filles s’enrobent à la sortie de la douche.

c

Paniqué, je me propulse hors de mon sommeil pour mettre fin à cette scène d’épouvante. Mais en vain. Il ne s’agit pas d’un cauchemar qui se règle simplement avec un soudain réveil.

c

Il y a bel et bien un inconnu dévêtu dans notre chambre d’hôtel et qui m’observe avec ce même regard vide en me disant : « Hello Mister. Are you good sleeping ? ».

c

Dans un élan de panique, je me raidis en criant des choses semi-bilingues et confuses comme « KESSÉ QUE TU CRISSES ICITTE ! », « GET THE FUCK OUT ! » et « YOU DON’T KNOW PRIVACY ?? ».

c

Autant effrayé que nous et craignant réellement pour sa santé physique, le petit préposé au pinch mou quitta l’aventure sur-le-champ.

c

Ce ne fut évidemment pas une nuit très apaisante. Le manque de sommeil nous rendit paranoïaques : le lendemain, un montait la garde pendant que l’autre prenait sa douche.

c

Nous avons désormais un nouvel hôtel qui inspire plus confiance.

c

Maintenant, on prend  toujours le temps de bien s’informer avant de réserver et surtout de barrer la porte de la chambre au coucher (erreur de gars chauds, j’en conviens), même si les locaux semblent si inoffensifs.

c

Et quand on fait la sieste, on se fait mutuellement des sauts qui frôlent la crise cardiaque en réveillant l’autre en lui susurrant à l’oreille un bon :

c

 « Hello misterrr ».

c

 

Bungalow

Le dress code du voyageur.

 

Le drapeau indonésien s’avère un étendard très touristique : la bande blanche symbolise sans doute le teint du touriste fraîchement débarqué au pays et la bande rouge écarlate le teint du touriste cabochon qui s’endort pacté sur la plage. Comme quoi la première chose à porter en voyage, c’est de la crème.

c

Étant exposés à des températures avoisinant les 40 degrés Celsius avec l’humidité, nous n’avons pas eu le choix de souscrire à une mode méprisée par plusieurs Occidentaux : le port de la camisole.

c

En une semaine, nous avons quintuplé le nombre de tank tops de notre garde-robe. Même si les Québécoises détestent. Même si une fois enfilée on dirait que tu vas passer les auditions pour le casting de Jersey Shore.

c

C’est inévitable, à moins que tu souhaites remporter le record Guiness des plus gênants cernes de sueur de la planète.

c

Il y a par contre une aberration qui m’exaspère : pourquoi certains touristes tiennent-ils mordicus à porter les tenues traditionnelles des pays qu’ils visitent?

c

J’ai rencontré un Canadien qui portait un sarong, jupe en tissu portée autour de la taille et nouée avec une ceinture, pièce maîtresse de la tenue obligatoire pour visiter un temple hindouiste.

c

Écoute. Je comprends l’envie de vivre une immersion culturelle, de plonger dans les mœurs et les traditions des locaux, mais explique moi pourquoi tu portes un signe religieux de manière ostentatoire (religion qui n’est pas la tienne en passant) dans un fucking bar?

c

Dis toi que t’es l’équivalent du ti-batte d’outremer qui porte fièrement une ceinture fléchée sur une piste de danse québécoise.

c

Or, on n’a même pas le droit de se mettre commando en dessous du sarong, sous peine d’expulsion du temple (je me suis renseigné).

c

Bref, quand tu représentes le Québec à l’étranger, prières de ne pas tomber dans les attrapes-touristes vestimentaires. Et sache que si tu me croises en marchant sur la plage avec des Merrell, un bracelet de coquillages autour de la cheville, un paréo et un collier avec une “vraie” dent de requin, tu peux me juger.

c

Ah oui et si ton maillot de bain a un fishnet et un gros élastique autour de la taille, pour le bien-être visuel de tous, merci de câlisser ça aux vidanges et d’investir sur-le-champ.

c

Carnet de bord

c

Après un séjour dans la capitale des gouines (je recommande fortement à toutes mes amies lesbiennes de visiter Ubud) et quelques jours d’accord scooter/snorkeling à Amed, nous voilà à Gili Trawangan, l’île sans policiers.

 c

Il nous est arrivé une sévère anecdote à notre première nuit. À suivre. 

c

Kuta, ville du vice.

    Notre avion douchebag d’Air Asia affichant un tatou de dragon géant s’est posé à Denpasar autour de midi après un dernier vol de 6 heures en provenance de Bangkok.

c

De là, un taxi nous mena à notre premier hôtel plus loin à Legian, petite balade de plaisance qui fut marquée par plusieurs « tabarnack le monde chauffe en mongole icitte ». On s’y habitue vite.

c

Après une après-midi de repérage à la plage, nous avons trouvé quelques bons spots pour louer des surfs en vue de challenger l’océan (lire ici avaler un litre d’eau salée par le nez) pendant quelques jours.

c

Premier constat : en soirée, une fois la mer plus calme, la ville s’anime.

c

Parce qu’à Kuta, il n’y a pas juste la nuit qui tombe, mais l’inhibition aussi. Voici les principaux faits qui ont marqué notre arrivée dans ce véritable bordel à ciel ouvert :

c

  • Le Red Bull (ou son imitation cheap), deux fois plus concentré que la norme, vient dans une fiole à 30 cents et les paquets de cigarettes coûtent 1 $. Conséquemment, tout le monde s’excite avant de se calmer avec une clope. De quoi se faire une bonne santé.

 c

  • Lors de notre première ride de taxi, le chauffeur a fait une citation magique : « Here in Bali, you can drink in the street, in the beach, in the hotel, even in my taxi ! ». Mettons que c’est pas tomber dans l’oreille d’un saoul.

 c

  • Traverser la rue relève littéralement de la tentative de suicide.

 c

  • L’alcool fort, c’est pas leur force. On l’a rapidement compris en achetant 4 vodkas Red Bull pour 5 $ qui goûtaient ni la vodka ni le Red Bull.

 c

  • Le billet de 100 000 roupies indonésiens équivaut environ à 10 $ canadiens. Tu te penses riche en sortant une motte de cash de tes poches le lendemain d’une dure soirée avant de réaliser que ça vaut 12 cents.

c

  • En marchant 2 minutes sur Legian Street la nuit, tu te fais offrir un piercing, un tatou, du haschich, des roofies, de la sloche au mush (drogue légale ici), des valiums, du viagra et du sexe. Un puceau en quête de ses premières expériences de vie peut donc toutes les clencher en 100 mètres (à déconseiller).

 c

  • La prostitution s’avère évidemment une des plaques tournantes de l’économie de la ville. La plupart des travailleuses du sexe sont très invasives et n’hésitent pas utiliser plusieurs stratagèmes vicieux pour séduire de nouveaux clients.

 c

Mal à l’aise, nous nous contentons simplement de répondre par la ligne d’une campagne célèbre : « Sorry, real men don’t

buy girls. »

c

             « YOU NOT A REEL MIN, YOU A FAGGET ! ». **Soupir**.

c

Le lendemain matin, tu rentres te prendre un café infecte et une bouteille d’eau dans un dépanneur et c’est du Skrillex qui joue dans le tapis. Good morning brother!

c

Tout compte fait, Kuta s’avère une source inépuisable d’histoires trash la nuit et de belles vagues le jour. Nous venons d’arriver à Ubud, une ville au centre de l’île, un peu à l’écart de l’essoufflante effervescence de la capitale du vice de l’Indonésie.

c

À suivre.

c

L’Ex

On est tous l’ex de quelqu’un. Ou presque.

c

Mettons de côté les grandes histoires d’amour surréalistes, le trentenaire qui joue encore aux Pogs dans le parc à côté de chez nous et les  filles qui ont plus d’animaux de compagnie que d’amis Facebook.

c

Outre ce petit groupe sélect, la majorité des adultes se font appeler « mon ex » par un autre adulte.

c

L’ex n’a pas d’âge, ni de sexe spécifique. Il signifie « hors de » en latin, et forme plusieurs mots français assez contextuels dont expulser, exproprier, Expos, ex cetera.

c

À noter que même s’il compose le mot sexe, c’est un pur hasard, et non un message subliminal qui t’incite à te réveiller mal à l’aise dans ton ex-lit conjugal.

c

Bref, il désigne universellement une personne qui n’était pas la bonne finalement.

c

Quand le préfixe « ex » apparaît dans ton existence, il s’accole à plusieurs autres mots. Ex-beaux-parents, ex-chanson fétiche, ex-amis communs, ex-complicité.

c

Mais également ex-chicanes de fin de soirée, ex-routine sexuelle somnifère, ex-brunch dominical hangover avec lesdits beaux-parents.

c

Dans certains cas, l’ex te suit toute ta vie, spécialement quand il s’avère le géniteur de ton enfant. D’où l’admiration sans bornes que j’éprouve envers la personne qui se greffe à une famille monoparentale et qui doit évoluer en permanence avec lui.

c

Étant donné qu’on ne réagit pas tous de la même façon à une rupture, il existe différents types d’ex.

c

L’expéditif, qui sort de ton existence en deux temps trois mouvements.

c

L’exhibitionniste, qui étale publiquement son malheur à grands coups de statuts nébuleux comme « On pense connaître quelqu’un… », ou pire encore, lance un blogue pour se défouler.

c

L’exerciseur, qui perd les 30 livres qu’il avait en trop une fois redevenu single, à l’opposé de l’extra, qui en prend 15 dès la première semaine de célibat.

c

L’explosif, qui s’allume au bar tous les soirs et s’éteint une fois le coma éthylique atteint.

c

L’extraverti, qui t’envoie un clown avec des ballounes au bureau ou bousille ta date en débarquant au resto pour te chanter votre toune au banjo.

c

L’extrémiste un peu freak, qui scrute à la loupe ton profil Facebook pour déceler la moindre trace de flirt et te texte des menaces à chaque activité jugée suspecte.

c

Le Skrillex, qui change drastiquement de coupe de cheveux, manque d’hygiène et fume non-stop.

c

L’extorqueur, qui part non seulement avec la conjointe du voisin, mais avec tes meubles et le contenu du compte épargne intitulé “Mise de fonds” .

c

L’exhaustif, qui fourre toute ta liste d’amies.

c

Le kleenex, qui restera célibataire pour le reste de sa vie.

Et finalement l’excrément, qui agit en tas de marde.

c

Bon.

c

Au final, l’idée avec les ex, c’est de s’organiser pour ne plus jamais en avoir en trouvant la bonne personne finalement.

c

Parce que souvenons nous qu’un ex, c’est une personne qui connait tes défauts et tes habitudes tordues au lit, qui t’as probablement déjà entendu pété ou déjà vu te raser les genitals dans douche.

c

T’en veux pas tant en liberté du monde avec des images mentales de toi aussi intenses dans vie.

c

— Échec-et-Math

c

Et toi, es-tu un extraordinaire? Et ton ex, c’est quel type?

c

Le pitch de vente

Le Cercle, ou la place idéale pour réaliser que sa vie tourne en rond.

 c

Alors que je m’apprête à souligner les 10 ans de l’échec de mon passage à l’âge adulte, j’en profite pour me consoler en observant les semblables qui m’entourent.

 c

À gauche, le poissonnier du quartier entretient sa nouvelle flamme du défi de se lancer en affaires, de s’investir à 100 % dans un projet passionnel, de la volonté de réussir à tout prix (qui traduit plutôt une peur bleue de l’échec).

 c

Le tout avec une fougue hypnotisante et un discours ponctué d’habiles parallèles entre les valeurs de l’entreprenariat et celles de l’amour. À en juger les yeux captivés de la jolie tentatrice à la robe rouge, il a réellement du succès à la pêche, ce type.

À droite, une anglophone verbomotrice agrémente la soirée de son serveur, qui devient par le fait même un guide touristique rémunéré en généreux pourboires alcoolisés. C’est à ce moment que la barrière de la langue s’ouvre pour devenir une porte vers la séduction : le simple fait de se comprendre entre attardés pseudo bilingues est d’un romantisme inespéré.

 c

Tout compte fait, après quelques verres, la seule vraie barrière de la langue, c’est la bouche. À mon humble avis, l’exploratrice découvrira le cachet des appartements de la basse-ville au cours des prochaines heures. Même si par « cachet », les propriétaires entendent souvent « cachait une isolation en fumier de mouton » ou « cachait une salle de bain datant d’avant Jésus-Christ ».

Peu importe, tant mieux pour elle : règle générale les gens de restauration servent bien leurs convives et savent faire de bons cafés au lait le lendemain matin.

À la sortie des toilettes, un dude début trentaine me dégueule. Il accable une frêle jeune femme du brio avec lequel il a passé son Barreau, de son récent investissement dans le District 3, de sa future cave à vin d’importation… Bref, j’assiste à une autofellation en règle, qui rend inconfortable l’ingénue qui lui sert exclusivement de miroir. Sourire en guise de support moral.

 c

Conclusion : il est difficile d’imaginer qu’il y ait de l’espace pour aimer une autre personne avec la démonstration d’autant d’amour propre.

 c

À l’autre extrémité du bar, une jeune femme un peu angoissée y va all-in sans même bluffer. Elle déblatère sur son comportement d’adulescente, sur la passionnante existence que lui confèrent ses chats aux noms gênants, sur l’échec lamentable de sa dernière relation, sur sa méfiance éternelle envers la race masculine.

 c

Bref, chacune de ses phrases agit comme un tue-flirt malaisant qui poignarde la bulle de son récepteur, qui s’apprête à la folder sur-le-champ.

 c

Qu’est-ce tu fais là calvaire ?

 c

Pourquoi ne pas trouver une ou deux anecdotes amusantes que tu maîtrises bien ? Y’a bin dû t’arriver quelque chose de drôle un moment donné dans vie entre deux vidanges de litières.

Pourquoi ne pas penser avant de flirter ? Si on manque de spontanéité, faut s’y prendre d’avance pour faire des avances. Et vaut mieux miser sur ses avantages concurrentiels que sur ses défauts de fabrication.

L’autre aura bien assez de temps pour découvrir mon humeur massacrante le matin ou encore mon absence d’afflux sanguin vers le cerveau quand je suis posté devant la télé (phénomène masculin couramment appelé la  lobo-tivie).

Au même moment où j’écris ces quelques lignes, une jeune fille s’assoit à mes côtés au bar en prenant soin de placer la bougie entre nous deux. La flamme qui valse sous ses yeux illumine un visage un peu jeune.

Présentations.

 c

« Bonsoir, je m’appelle Mathieu Avoine, j’ai 28 ans depuis minuit et j’ai décidé que ma vie allait arrêter de tourner en rond ce soir.

 c

Alors voilà pourquoi je vais rentrer chez moi et je ne te balancerai pas mon pitch de vente, même s’il est probablement plus captivant que celui de l’autosuceur qui t’a abordé tantôt aux toilettes. »

  c

— Échec-et-Math

c

Le wake up call

Ouvrir son portefeuille et avoir envie de voir les quatre coins du monde au lieu des quatre coins d’un condo.

 c

Réaliser que l’adrénaline passagère qu’injecte un projet de chien, de voyage, de maison, de mariage ou d’enfant ne pansera pas éternellement le manque d’amour entre deux adultes.

Comprendre qu’être populaire sur les réseaux sociaux et de cumuler les amis et les « j’aime » virtuels, c’est comme être riche au Monopoli : ça n’apporte rien dans la réalité.

c

Se rendre compte que le sable s’écoule à un rythme effréné et que nos parents et grands-parents vont quitter l’aventure plus vite que prévu.

 c

Réaliser qu’il s’avère complètement absurde d’avoir plus d’anecdotes à raconter sur ses collègues que sur ses propres enfants.

 c

Enlever la poignée que l’autre nous a violemment fixée dans le dos et faire ses valises pour de bon.

 c

Se lever de son bureau, faire virevolter les accablantes piles de dossiers et s’enfuir en jubilant, sous prétexte qu’être malheureux 40 heures par semaine ne vaut pas son pesant d’or.

 c

Se dire que plusieurs histoires d’un soir n’équivalent en rien à une seule histoire d’amour.

 c

Arrêter d’éteindre son horloge biologique et souscrire au repeuplement de la planète, parce que tout le monde le fait et que la majorité s’avère moins imbécile qu’imaginée.

 c

Se retourner, appliquer et s’appliquer dans un domaine qui nous passionne, parce que le choix d’une carrière se doit d’être strictement égocentrique.

 c

Se prendre en main pour terminer son secondaire 5 et éviter de terminer en statistique au ministère de la Santé et des Services sociaux.

 c

Reprendre son collier best friend et rompre une amitié malsaine.

 c

Prendre un foutu risque déraisonnable une fois pour toutes.

 c

Réaliser que, règle générale, on ne rencontre pas l’âme sœur sur le coup de minuit entre deux rondes de shooters.

 c

Ne pas attendre un diagnostic foudroyant pour commencer à savourer pleinement chaque moment.

 c

L’appeler, parce qu’il n’y a définitivement personne de mieux et qu’à défaut de trop chercher on ne trouve jamais.

 c

Sortir du coma et répondre au wake up call, même s’il s’avère souvent angoissant et brutal.

c

— Échec-et-Math

c

Et vous, quel a été votre wake up call?

c

 

[L’été]

C’est la pêche à partir du bord ou à partir du bar [« On se connaît pas, mais laisse-moi deviner ce que tu fais dans la vie à part être la personne la plus séduisante de la place. »].

 

C’est les pieds qui crament sur le sable d’une plage exotique ou sur le béton de la piscine publique [question de budget].

 

C’est les mamis qui ont toujours trop chaud et les papis qui ne sont « jamais » trop chauds [« Bin voyons, j’ai juste pris 2-3 bières. »].

 

C’est le moment où pousse une lime dans les goulots et que le jus d’agrumes rougit en rencontrant le vin et le Triple Sexe [dixit les matantes grivoises grisées].

 

C’est l’émergence de tendres souvenirs comme les abeilles sans pitié pour Thomas J. et le ver d’oreille dédié à Darla [« Tu es la plus mignonne, crois-moi, j’craque pour toi »].

 

C’est là où les papas déterrent leur fameux maillot de bain mi-cuisse Fila, designé autour d’un fishnet interne et ceint d’un élégant cordon blanc toujours « trop court » [important : les modèles datant d’avant 1990 doivent être portés au dessus du nombril].

 

C’est le moment magique où les filles décident curieusement que de se pavaner en bikini, c’est vraiment moins gênant que de le faire en sous-vêtements [conséquence : des gars qui se font bronzer sur le ventre].

 

C’est là également où elles nous dévoilent leur tatou discutable [« he, bin en gros ça représente un dauphin qui s’appelle Carpe Diem et qui plonge dans ma hanche comme si mon corps était l’océan, l’inconnu genre »] et leur plus charmant [leurs freakles].

 

C’est la musique sans écouteurs, les plaines qui se réveillent lendemain de veille 10 jours d’affilés, les échanges de regard dans la foule et les points de rassemblement utopiques [« On se rejoint à l’arbre à côté de la scène »].

 

C’est la seconde de frayeur en allumant le BBQ, le grésillement des plats tout sauf végétariens, l’accumulation de rosée sur les chaises du patio et dans les coupes en plastique Ikéa [« Il pleut, fuck, les coussins ! »].

 

C’est le ciel constellé, le feu de camp et son préposé dévoué, les guimauves caramélisées qui brûlent le palais, le sable rugueux dans le sac à coucher et l’effet de serre à 6 heures de la matinée [« Y’est où l’hostie de zip ? »].

 

C’est l’odeur unique du chalet, de la pluie et de la nuit, l’ensemble de vaisselle oldschool dépareillé, les édredons laiderons et les lits superposés [« shotgun en haut »].

 

C’est les robes d’été légères et colorées, les jupes affriolantes, les sandales de Romaine, les camisoles parfois illégales et les grosses lunettes avantageuses [à noter ici l’absence des bermudas taille haute dans cette liste contemplative].

 

C’est le bronzage d’habitant, de golfeur ou de frais chié [lire ici « lifeguard »].

 

C’est descendre les vitres électriques pour monter le beat électronique.

 

C’est transpirer le pur bonheur.

 

Bref, c’est l’été.

 

[Hell yeah]

 

 

 

Nom de Dieu!

Une réalité me purge en ce moment : la foutue manie des nouveaux parents d’extérioriser leur créativité refoulée quand vient le temps d’intituler leur enfant. Cette vague de mauvais flash bouleversera l’existence de ces pauvres êtres vulnérables et exclus de ce processus décisionnel.

c

Jugeons.

c

Premier mauvais flash : s’inspirer d’un film populaire au box-office.

c

Mise en situation : mon nom de famille, c’est Avoine. À la naissance, je me suis présenté par les oreilles, ce qui fait en sorte que la morphologie de ma tête s’est apparentée à celle d’un trophée jusqu’en troisième année.  Chaque jour en me levant le matin, je remercie mes parents de ne pas m’avoir câlissé une troisième prise dans la vie en m’appelant Alfalfa.

c

En passant : si ta blonde enceinte commence sa phrase par « Chéri, pour le nom de la petite, l’autre jour j’écoutais Le Seigneur des Anneaux pis… », sauve-toi et attends que ça passe.

c

Deuxième mauvais flash : remplacer une lettre ou deux d’un prénom connu afin d’y apporter une touche distinctive.

c

« Écoute Véronyke, maman a toujours été reconnue pour ses fautes d’orthographe, donc elle a décidé d’en glisser deux trois dans ton prénom pour te donner du trouble. ». Chaque fois que votre enfant passera une réservation, s’inscrira à un service, laissera son nom à un flirt au bar, il devra spécifier votre crampe au cerveau.

c

Hériter d’un « Y » dans un prénom francophone, c’est hériter d’un cadeau de Grecque. Le seul avantage : les jeunes bums auront plus de difficulté à retracer votre fille dans le moteur de recherche des réseaux sociaux. Et encore.

c

Troisième mauvais flash : les noms composés interminables.

c

Imaginez la démotivation de Francois-Étienne Filiatrault-Ivanovitch quand il sera confronté à écrire son nom en première année. Pendant le temps qu’il s’acharne à finir son roman, son chum Jo Cyr sera déjà dans la cour d’école à impressionner les petites filles en leur montrant ses nouveaux souliers avec des lumières.

c

Un si grand nom réduit à une seule lettre : un L majuscule.

c

Et puis ceux qui se disent « Franchement, François-Étienne ce n’est pas si lamentable que ça comme prénom ! » s’avèrent également ceux qui n’auront pas remarqué que ses initiales sont FEFI.

c

Les cigles formés avec les initiales, les mauvais jeux de mots, les tournures risibles, autant d’avenues à arpenter avant de statuer sur le titre d’un enfant. L’objectif: un vocable qui facilite la rétention, une syntaxe parfaite, une orthographe conventionnelle, une créativité intelligente et un accord musical avec le nom de famille. Forcez-vous bon sens, vous avez neuf mois pour brainstormer!

c

Je ne peux pas concevoir que deux adultes autonomes et sains d’esprit peuvent en venir à saboter l’avenir de leur fille en l’appelant Anouk Ross (pensez-y). Rendu là on n’appelle plus ça un nom propre, c’est un nom malpropre calvaire. On devrait sincèrement retirer le mot “génie” de leur titre de géniteur.

c

Autre malaise tiré d’un fait vécu : le gars s’appelle Keven. Son fils s’appelle Nevek. [Soupir].

p

Un truc pour éviter les catastrophes? Faites parvenir vos idées embryonnaires à la personne la plus désagréable et habile avec les mots de votre entourage (souvent, c’est la même). Si après 5 minutes elle démolit votre idée avec un calembour cinglant, avortez le projet (l’idée de prénom, pas le fœtus).

c

Pourquoi y consacrer tant d’énergie cérébrale?

c

Sachez que les enfants sont foncièrement méchants et qu’ils détiennent une expertise innée pour l’intimidation : n’allez pas donner des munitions à ces petits fantassins. Parfois, je frissonne en me rappelant les attaques verbales que j’ai dirigées vers des camarades de classe ou celles que j’ai moi-même encaissées. Le mot « infanterie » vient du mot « enfant », on le réalise seulement en vieillissant, malheureusement.

c

Bref, si vous êtes coloré et que vous débordez d’excentrisme, exprimez-le dans toutes les sphères de votre vie ou sur d’autres plateformes, mais nom de Dieu, épargnez votre progéniture.

c

À défaut de scrapper son prénom, connaissez-vous le scrapbook ?

c

Fyn*

c

* « Wow, c’est fascinant, il a remplacé le i par un y dans le mot fin ! »_ Personne

c

— Échec-et-Math

c

Le love shot

Palper la paume d’une main soyeuse dans l’obscurité. Effleurer la peau du bout des lèvres humectées. Comploter pour s’esquiver en toute furtivité.

 

Rester alités toute la journée sans s’épuiser. S’époumoner d’un fou rire insoutenable dans le corridor d’un hôtel prisé. Échanger en taxi un regard bleu encore grisé.

 

Ces infimes doses d’amour s’avèrent complètement addictives. Comme quoi il y a quelque chose de chimique qui les rapproche de l’alcool : les deux sont commandés par l’hémisphère déraisonnable, désaltèrent jusqu’à l’exaltation, altèrent notre sommeil et assèchent notre compte en banque [émoticône de gars baveux].

 

Accablés par cette soif pathologique, nous consommons ces « love shots » avidement avant qu’ils ne se consument, puisqu’ils ont la propriété de s’évaporer rapidement.

 

Les propriétaires de sentiments les imagent comme étant les papillons du début, dont le battement d’ailes se synchronise en chœur avec celui de la poitrine.

 

Les grands sceptiques les campent drastiquement comme les papillons du début de la fin. Selon leur rhétorique implacable, jour après jour, un monarque s’empêtre les ailes dans les filets de la monotonie et se fait épingler sur le mur de la routine. L’amour volage se dessèche ainsi avant d’être réduit en poussière : voilà pourquoi une impénétrable chrysalide se forme autour de leurs ventricules stigmatisés.

 

Ces célibataires nocturnes et confus méprisent le couple traditionnel, qui s’apparente à une fleur diurne : il s’épanouit le jour et se ferme la nuit. À leur avis, le meilleur moyen de fondre en larmes est de fondre pour quelqu’un d’autre.

 

Et pour les plus optimistes, un seul facteur peut limiter l’éclosion : le gène de la gêne. Il s’agit du pire cockblocker de la séduction : tout sexe oral ne démarre-t-il pas par un exposé oral convainquant? Combien d’amours ou de nuits frivoles ont été gaspillés par cet accablant malaise vital?

 

En cette fête de l’amour, prenez vos couilles ou vos ovaires à deux mains et balancez à la personne que vous désirez que c’est stupide de dormir seul à la Saint-Valentin.

 

Et les célibataires qui s’apitoient sur leur sort, sachez que c’est tout aussi stupide et paradoxal de mépriser la seule journée quétaine de l’année. Sortez de votre cocon castrant, trouvez-vous un plan Cupidon et offrez-vous une tournée de love shots.

 

Vous pouvez même les mettre sur mon bill au bar.

 

 

Le FaceDating

À l’ère où les réseaux sociaux éclipsent progressivement les réseaux de rencontre, voici un très modeste turbo TOP 5 de conseils destinés aux représentants du sexe masculin qui en arrachent avec la séduction sociale, ou ce que je me plais à appeler le “FaceDating”. À prendre, à laisser ou à lire avec modération.

c

5) PENSE AVANT DE CLIQUER « ENVOYER ».

c

Mal s’exprimer derrière un clavier d’ordinateur, c’est postillonner virtuellement. Profite de cette latitude de la communication écrite pour te relire rigoureusement afin d’éviter les messages truffés d’erreurs qui te feront passer pour un illettré dont l’étendue du vocabulaire est inversement proportionnel au niveau de testostérone.

c

4)  LANCE DES INDICES D’INTÉRÊT SENSÉS.

c

Envoyer une demande d’amitié accompagnée d’une note bien ficelée, liker la photo d’un bel accomplissement ou encore commenter intelligemment un statut s’avèrent toutes de petites interactions qui peuvent mener à un flirt. Par contre :

 c

–    NE POKE JAMAIS. Sous aucun prétexte. À moins que ce soit à titre humoristique. Et même là. Cette fonction de Facebook est complètement désuète, à l’origine utilisée à outrance par les internautes malhabiles socialement. Poker quelqu’un, c’est l’équivalent de lui rentrer un doigt dans le cul à un moment inattendu sans accord tacite. Va pas là.

–   N’ABUSE PAS DES ÉMOTICÔNES. C’est un message que t’envoies, pas une palette d’émotions enfantines d’un jaune insupportable.

 c

–     CHOISIS STRATÉGIQUEMENT LES PHOTOS QUE TU LIKE. Quand tu stalk le profil d’une concubine potentielle, prière de ne pas aimer la seule photo de son album où elle s’affiche en bikini ou dans une robe de soirée au décolleté plongeant. Bref, ne donne pas l’impression que tu te tripotes devant ton ordi quand tu consultes Facebook. Et si tu le fais pour vrai, consulte tout court dès maintenant.

 c

–     LES DEMANDES D’APPLICATIONS, C’EST NON ! Écoute, y’a rien de plus turn off pour une fille que de voir que tu passes tes vendredis soirs à jouer à un ostie de jeu d’attardé mental sur Facebook. Et si t’envoies une demande dans MonCalendrier : regarde bien le tien parce que tu risques d’attendre longtemps avant d’avoir de ses nouvelles.

c

3)  SOIS DIVERTISSANT.

c

À mon avis, divertir, c’est dire autre chose que l’évidence, ou encore la dire autrement avec une touche d’humour.

c

Mise en contexte : la coquine se fait coquette et vient de changer sa photo de profil. Laisse le genre de commentaire évident comme « Wow tu es vraiment jolie ! » à ses 50 amies qui lui vouent un culte admiratif. Trouve un détail cocasse en arrière-plan, un « séparés à la naissance », une taquinerie, peu importe, sois créatif et surtout n’essaye pas d’être drôle si t’es pas drôle. Avoir l’air cave devant une fille c’est triste, mais devant ses 50 meilleures amies en prime, c’est un fiasco.

 c

2) PRUDENCE AUX SARCASMES DOUTEUX ET AUX AUTOCORRECTEURS.

c

Cela t’évitera les catastrophes linguistiques comme « J’espère te voir bientôt mamelle » au lieu de « J’espère te voir bientôt mam’zelle ». Pour toute ambiguïté, se référer à la règle numéro 5 ci-dessus.

 c

1)   NE T’ACHARNE PAS.

c

Sors dès maintenant de ton subconscient les expressions « Elle n’a pas dû voir mon message » ou « Il y a eu un bogue et elle n’a pas reçu ma demande d’amitié ». Même Facebook a la galanterie de t’avertir à quelle heure ton message a été vu. Malheureusement, aucune réponse signifie souvent aucun intérêt.

 c

Ça arrive aux meilleurs, personne ne va te juger, sauf si t’échoues ta thérapie pour arrêter de te gâter sur Facebook.

 c

Voilà. T’es maintenant (un peu) mieux outillé pour affronter le nouveau « livre de la jungle » de la séduction sociale. Et pour les pros pour qui tout ça s’avère l’évidence même, j’espère avoir réussi à vous la dire autrement.

c

— Échec et Math

c

La fin du Moi

Assis dans la pénombre du Café du Temps perdu, Octobre réalise bien malgré lui qu’il ne s’avère pas le mois préféré de l’Année. Son côté sombre, sa tendance à créer des froids et son accoutrement gothique pleinement assumé lui confèrent le statut de mal-aimé du groupe. Rien à voir avec Juillet, le gars manuel mais toujours sur son 31, véritable séducteur né qui donne son spectacle trois tables derrière.

Cuvant encore ses deux semaines de vacances et de festivals, le bellâtre peut se vanter d’être directement responsable de la dépression de Novembre, l’emo à huis clos dans son demi sous-sol qui broie du noir à un point tel qu’il s’est valu le surnom de « torréfacteur de malheur ». L’anecdote : lors de la dernière défonce de l’Année,  le charpentier-menuisible s’était fait surprendre à soulever les dessous affriolants d’Août, la plus belle du calendrier, à ce moment engagée dans un partenariat domestique avec le moustachu aux larmes tatouées.

 c

Accoudé au coin du bar et allumant nerveusement la chandelle devant lui, Février, de loin le plus romantique du lot, remue cierge et terre pour s’attirer les foudres de la tant convoitée basanée assise quelques bancs plus loin. Sa brise est si envoûtante qu’il fond littéralement sous son regard. Malheureusement pour le puceau, ses techniques maladroites et sa petite taille lui ont depuis longtemps valu la réputation de « trapu de partout », turn off assez significatif pour la fashionista qui préfère de loin les longs mois comme Novembre (d’où son surnom coquin de l’époque, le « Nomembré »).

 c

Alors qu’Avril la petite bum s’adonne encore à foutre une dose mortelle de Tabasco dans le Bloody Ceasar de Janvier, le blême chétif au système immunitaire affecté par le mercure, Septembre bouquine en sirotant le fruit d’une microbrasserie louche qui goûte le cul pour le commun des mortels, d’où l’expression bière artiste-anale. Du coin de l’oeil, l’intello jalouse discrètement Décembre, l’enfant roi de 25 ans qui trône seul sur la grande banquette du café, caressant fièrement son nouvel iPad. L’amertume de Septembre est grandement justifiée, puisqu’avec des parents et un entourage largement moins fortunés, lui doit seulement se contenter d’un pad.

c

Pendant ce temps à la table des habitués, Juin, le père autoritaire qui porte son maillot de bain au-dessus du nombril en été et un casque de poil à défaut d’en avoir sur la tête en hiver, supporte bien malgré lui les divagations de Mai, son attendrissante épouse légèrement coucoune. Depuis leur retraite, la mère poule tente tant bien que mal de l’initier à de nouvelles activités embarrassantes pour un homme de cette stature. Conséquemment, le pauvre souverainiste est la risée de ses chums de golf, puisqu’il a subi les malaises des cours de Pilates, les hauts mais surtout les bas du Zumba et l’humiliation des ateliers de scrapbooking [d’ailleurs, il s’est toujours demandé ce que le mot « booking » venait faire dans cette activité de marde].

c

Au moment où le calme plat règne dans l’espace, Mars, l’illuminé bizarroïde qui semble parfois vivre sur une autre planète, débarque dans la place accompagné de sa blonde Maya en hurlant : « vivez chaque jour à fond bande d’ignares, la fin du Moi approche! ».

cc

—Échec et Math 

c

Social Widgets powered by AB-WebLog.com.